Liban-Israël : une escalade dangereuse

10 Janvier 2024

Le 2 janvier, un drone israélien a tué le numéro deux du Hamas, Saleh Al-Arouri, en le visant dans un quartier de Beyrouth. Le chef du Hezbollah libanais, dont c’est un des fiefs, a assuré que cette attaque ne resterait pas sans riposte ou impunie, sans que cela arrête les actions israéliennes.

Ainsi, lundi 8 janvier, un haut responsable militaire du Hezbollah était à son tour tué par une frappe israélienne. Les deux exécutions, s’ajoutant aux bombardements qui s’intensifient au Sud-­Liban, semblent annoncer une extension de la guerre.

Du côté des dirigeants israéliens, ces assassinats au Liban visent à masquer leur échec à éliminer les chefs militaires du Hamas à Gaza, malgré tous les moyens mis en œuvre et le massacre de la population palestinienne. Mais ils veulent aussi profiter de la guerre à Gaza et de l’impunité dont ils jouissent pour contraindre le Hezbollah à évacuer la zone frontière du Sud-­Liban qui va du fleuve Litani à la frontière entre les deux pays. Celle-ci est une frontière de fait, encore contestée, la « ligne bleue ».

Israël, qui ne respecte aucune résolution de l’ONU concernant les droits des Palestiniens, n’en exige pas moins que soit appliquée la résolution 1701, qui a mis fin à la guerre de 2006 entre Israël et le Liban en visant à établir une zone démilitarisée. Malgré tout, le Hezbollah est toujours présent dans cette zone et y tient à distance les forces israéliennes. Les dirigeants israéliens voudraient donc bien infliger un recul à ces combattants qui avaient alors réussi à tenir en échec leur armée, pourtant considérée comme la plus puissante du Moyen-Orient.

Du coté du Hezbollah, jusqu’à présent ses tirs de roquettes sur le nord d’Israël en soutien au Hamas sont restés bien mesurés, ses dirigeants préférant éviter une véritable guerre. Même s’il se présente comme un des piliers de la résistance à Israël, pour lui comme pour son allié iranien, la cause palestinienne n’est nullement une priorité. La défense de ses intérêts et de ceux de la bourgeoisie libanaise, dont il est désormais un des partis de gouvernement, peut passer par les échanges indirects et les compromis avec l’État israélien.

Ainsi, en 2022, Israël et le gouvernement libanais, au sein duquel le Hezbollah prédomine, ont passé un compromis concernant l’exploitation par Total d’un champ gazier en Méditerranée. L’accès à ce gaz est une priorité pour le Hezbollah, qui gère un pays en plein chaos économique. Quant à la population libanaise, qui subit durement les effets d’une crise dévastatrice, elle ne souhaite pas une nouvelle guerre avec Israël, alors même que le pays ne s’est jamais vraiment relevé des destructions provoquées par celle de 2006. L’affrontement limité qui touche le sud du Liban depuis le 8 octobre a quand même entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes, et la mort d’une quinzaine de civils et de 137 membres du Hezbollah. Des infrastructures, de vastes étendues de terres agricoles ainsi que des habitations ont été détruites, et la population vit dans la crainte.

Le Hezbollah ne cherche donc pas une escalade, qui d’ailleurs provoquerait une réaction immédiate des forces armées américaines, mais le retrait de ses combattants de cette zone pourrait ternir son image d’organisation combattante. Et, si un officier de l’armée israélienne chargé de la zone de combat au nord d’Israël reconnaissait que chacun des protagonistes avait intérêt à ne pas aller trop loin, cela n’arrête pas les provocations qui font que cette « ligne rouge » recule chaque jour davantage.

Le Hezbollah est ainsi mis dans une situation qui, d’une façon ou d’une autre l’oblige à réagir. Quand le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, en tournée dans la région, dit vouloir éviter qu’un second front s’ouvre au Liban, c’est le Hezbollah qu’il veut avertir de ne pas le faire.

Leïla Wahda