Argentine : la tronçonneuse de Milei contre les droits des travailleurs

10 Janvier 2024

Depuis sa prise de fonction comme président de l’Argentine, Javier Milei empile les décisions pour réduire les droits des classes populaires

Le 27 décembre, Milei a envoyé au Parlement argentin, le Congrès, un ensemble de projets de loi représentant 183 pages et 664 articles, que les parlementaires devront étudier lors de plusieurs sessions extraordinaires – c’est les vacances d’été là-bas – pendant tout le mois de janvier.

Ces articles s’ajoutent aux quelque 300 articles contenus dans un méga décret passé une semaine auparavant. Ce sont autant de remises en cause qui devraient bouleverser l’économie, les finances, la fiscalité, les retraites, l’énergie, la sécurité, etc. Elles ouvrent la voie à la privatisation des entreprises publiques et au renforcement de l’appareil répressif. La nouvelle équipe gouvernementale tente de s’attribuer des pouvoirs spéciaux au moins jusqu’à 2025, renouvelables une fois jusqu’à la fin du mandat de Milei.

Désormais, des manifestants bloquant les routes pourraient être condamnés à trois ans et demi de prison ferme et les cas de légitime défense des forces de répression sont élargis, de quoi augmenter les affaires de « gatillo facil » (gâchette facile).

Le 3 janvier, la justice argentine a suspendu le méga décret de Milei, qui a annoncé son intention de faire appel de cette décision. En tout cas, cette avalanche d’attaques contre les travailleurs ne va pas sans réactions.

Le jour même où ce projet de loi a été déposé, on manifestait dans tout le pays. Quelque 30 000 personnes ont défilé dans les rues de Buenos Aires à l’appel de la CGT, la principale centrale syndicale, proche de l’opposition péroniste.

Pour tenter de circonscrire les manifestations ouvrières, le gouvernement Milei a d’ores et déjà annoncé qu’il présenterait aux organisateurs la facture de remise en ordre de la voirie, soit 67 000 euros.

Si le méga décret du 20 décembre n’a pas à être présenté au Congrès, celui-ci peut éventuellement le rejeter par un vote des deux Chambres, députés et sénateurs. En attendant, la mise en œuvre des attaques est déjà en cours. La période d’essai après l’embauche passe de trois à huit mois ; les indemnités de licenciement sont réduites ; les loyers peuvent être augmentés sans limite et les contrats locatifs être libellés en dollars, ce qui écarte les plus démunis ; les cotisations des mutuelles augmentent de 40 % au 1er janvier. Par ailleurs, le feu vert est donné aux multinationales pour mettre la main sur les terres, à commencer par celles riches en lithium.

Milei renoue ici avec les méthodes autoritaires mises en œuvre par les militaires après le coup d’État de 1976. Des recours constitutionnels sont en route, mais le nouveau président a déjà annoncé que, si ses décrets et lois étaient retoqués, il emploierait la voie référendaire, en espérant retrouver les 55 % qui l’ont amené au pouvoir.

Le gouvernement Milei procède à un véritable coup de force et est décidé à donner tout pouvoir au capital privé, face auquel les travailleurs et les classes populaires n’ont d’autre choix que de se préparer à une riposte acharnée.

Jacques FONTENOY