Nahel : le policier meurtrier vite libéré

22 Novembre 2023

Le policier qui a abattu Nahel le 27 juin dernier à Nanterre est sorti de prison le 15 novembre, par décision du juge d’instruction. Il reste sous contrôle judiciaire, mis en examen pour homicide volontaire, et n’a plus le droit de porter une arme. Mais il peut reprendre son travail et sa vie.

Une fois n’est pas coutume, l’indignation et la colère suscitées par l’exécution filmée du jeune Nahel avaient conduit la justice à mettre l’auteur du tir en détention. Et, au cours de la répression pendant les émeutes de juillet, un autre policier, de la BAC de Marseille, avait lui aussi été mis en détention provisoire pour avoir grièvement blessé un autre jeune, Hedi. L’incarcération de ces deux policiers criminels avait alors entraîné de bruyantes protestations de la part de la profession.

L’émotion et la révolte semblant aujourd’hui retombées, les assassins en uniforme sont remis en liberté. Le policier marseillais a ainsi été libéré le 1er septembre, deux mois et demi avant le responsable de la mort de Nahel. À l’inverse, des dizaines de jeunes qui, eux, n’ont tué personne continuent de croupir en prison. Il faut dire que l’ordre vient d’en haut : Dupond-Moretti, ministre de la Justice, prônait en juillet une réponse judiciaire « rapide, ferme et systématique » avec « des peines sévères » contre tous les jeunes émeutiers, ou supposés tels. Les procureurs ont suivi avec zèle ses directives, comme à Chartres, où un jeune homme a écopé de sept mois ferme pour vol en réunion dans un magasin, ou à Nancy, où deux jeunes ont pris quatre mois ferme plus quatre mois avec sursis pour avoir tiré des mortiers d’artifice.

La remise en liberté du meurtrier de Nahel montre une nouvelle fois que la justice excelle dans la règle du deux poids, deux mesures. Il s’agit aussi de faire passer un message. La police est le bras armé de l’État, chargée de défendre un ordre qui est avant tout celui des plus riches, contre la population, y compris par les moyens les plus brutaux. Dans l’exécution de cette sale besogne, les policiers peuvent compter sur le soutien indéfectible de leurs donneurs d’ordres.

Marlène Stanis