Immigration : une loi scélérate

15 Novembre 2023

Le projet de loi Immigration, adopté au Sénat le 14 novembre et qui sera encore modifié à l’Assemblée nationale, constitue un catalogue de dizaines de mesures tous azimuts contre les travailleurs immigrés.

L’instauration de quotas d’immigration, le durcissement du droit d’asile ou des conditions du regroupement familial, les restrictions à la naturalisation s’inscrivent dans la campagne xénophobe et anti-immigrés qui présente ceux-ci comme responsables de tous les maux de la société.

Certaines mesures s’en prennent directement au pouvoir d’achat des immigrés. Ainsi, ceux ­nouvellement arrivés en France, même légalement, devraient attendre cinq ans (contre six mois jusque-là) pour pouvoir toucher diverses aides, comme les APL pour le logement ou les allocations familiales, tout en cotisant pour ces prestations. Pour des dizaines de milliers de travailleurs, souvent contraints d’accepter les emplois les plus mal payés, c’est leur supprimer un appoint mensuel indispensable.

Le projet de loi, tel qu’il est sorti du Sénat, contient aussi la honteuse suppression de l’Aide médicale d’État (AME) qui permettait, au moins en théorie, de se soigner sans titre de séjour. Des soignants indignés ont expliqué que c’est un non-sens, même d’un point de vue financier, car soigner les pathologies qui seront nécessairement diagnostiquées plus tard coûtera alors bien plus cher. Et cela posera un problème de santé pour tous, par exemple en cas d’épidémie. Mais rien n’y a fait : sénateurs et gouvernement préfèrent flatter les préjugés xénophobes qu’agir humainement et en fonction de la santé de tous.

Tout cela vise à faire passer l’idée que les travailleurs immigrés viendraient pour profiter de « notre système de solidarité » et constitueraient une menace. C’est un mensonge d’autant plus choquant qu’ils sont bien souvent les premiers contraints d’accepter les postes les plus durs, et d’y accumuler les heures de travail.

Les mêmes politiciens qui s’en prennent aux travailleurs immigrés n’hésitent pas non plus à s’attaquer à tous les autres. C’est le cas lorsqu’ils votent les baisses des APL pour tous, lorsqu’ils détruisent l’hôpital ou font payer aux assurés des tickets modérateurs de moins en moins modérés.

Quelles que soient leur nationalité ou leur situation administrative, les travailleurs ont les mêmes besoins, subissent les mêmes patrons, les mêmes hausses de prix, et le même gouvernement qui essaye de les diviser pour faire passer ses pilules amères. Défendre leur droit à l’existence implique d’avoir la conscience de former un seul et même camp et commence par dénoncer des attaques qui visent cette partie de la classe ouvrière que sont les travailleurs immigrés.

Lucas Pizet