Stellantis – Mulhouse : une exploitation toujours plus dure

19 Juillet 2023

La plus grande partie de l’usine va fermer ses portes pendant les congés estivaux. Cet été, encore plus que les précédents, les travailleurs terminent l’année sur les rotules. Des ateliers aux bureaux, c’est un ras-le-bol général.

À Mulhouse comme sur les autres sites du groupe, les cadences de travail sont infernales car tous les secteurs sont en sous-effectif. Depuis dix ans, il y a en moyenne 200 salariés en moins chaque année, alors que les vitesses de ligne ont été augmentées. Les profits augmentent en parallèle : au premier trimestre 2023, Stellantis a annoncé un chiffre d’affaires net en augmentation de 14 %, à 47,2 milliards.

Même quand la direction du site se vante dans les médias de l’attribution d’un nouveau véhicule ou de nouvelles pièces à produire, comme les carters pour voitures électriques, les effectifs continuent à baisser. Il y a actuellement un roulement de plus de 1 500 intérimaires. Chacun d’entre eux remplace des intérimaires arrivés en fin de mission, licenciés, ou démissionnaires parce que le travail est trop dur ou du fait des pressions de la hiérarchie. Ils sont pour la plupart jeunes, vivent dans les quartiers populaires ou dans des foyers pour jeunes travailleurs ou immigrés. Ils sont français, originaires des îles ou des anciennes colonies françaises, réfugiés du Soudan, d’Afghanistan, de Syrie ou d’Ukraine.

La majorité d’entre eux souhaiteraient se faire embaucher, non parce que le travail leur plaît, mais pour avoir un salaire tous les mois. Avoir un contrat à durée indéterminée, c’est un peu échapper à la précarité et avoir une vie plus stable. Mais, même avec un CDI, les salaires ne suffisent pas pour vivre. Et surtout, embauché ou pas, personne n’échappe à l’exploitation.

Celle-ci s’intensifie avec les fortes chaleurs. Ignorant les préconisations sanitaires, la direction du site refuse d’accorder une pause par heure, alors que sous les tôles des ateliers, devant les fours et les machines, les températures sont insupportables et que cet été, comme d’habitude, les heures supplémentaires obligatoires allongent le temps de travail. Pour se désaltérer il faut parfois attendre la pause, parce qu’il n’y a pas de point d’eau à proximité, ou que l’on n’arrive pas à se faire remplacer sur la chaîne.

Pour les jeunes, qu’ils soient embauchés ou non, l’usine est une école de l’exploitation. Mais dans un passé pas si lointain, pendant la grève de 1989, c’était l’école de la lutte. Les travailleurs s’étaient alors fait respecter, les jeunes manifestant pendant plusieurs semaines, au côté des plus anciens, pour obtenir des augmentations de salaire. Les anciens d’aujourd’hui sont les jeunes d’hier et, même si le souvenir des luttes précédentes n’ont pas toujours été transmis, les raisons de lutter demeurent bel et bien aujourd’hui.

Correspondant LO