Hausse des prix : les limites de la patience

23 Mars 2023

Tout s’arrange, à condition de patienter un peu. C’est en substance la conclusion de François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, aussi bien en matière de crise des banques, de croissance économique que d’inflation.

Ce ne serait que l’affaire de quelques trimestres, pendant lesquels les familles ouvrières devraient continuer à se serrer la ceinture.

Pourtant, en février, les prix alimentaires avaient progressé de 16,1 % sur un an selon l’Insee. Les pâtes et l’huile d’olive, pour ne citer qu’elles, atteignent des sommets, et les banquiers le savent, même s’ils fréquentent peu les rayons de Lidl. « Il y a évidemment un point d’attention et il y a une période de prix alimentaires élevés qui est très sensible pour nos concitoyens », n’a pas manqué de compatir François Villeroy de Galhau sur France Inter. Mais, selon lui, les prix de l’énergie auraient déjà amorcé un net ralentissement et les prix de gros agricoles baissent depuis la fin de l’année 2022. Par conséquent, sur le papier en tout cas, les prix de l’alimentation « devraient commencer à décélérer d’ici à la fin de l’année ». Attention, décélérer ne signifie pas baisser, et c’est logique selon le gouverneur, car« il y a un décalage de quelques trimestres entre l’évolution des prix mondiaux et celle des prix à la consommation ».

Mères de famille, chômeurs, retraités aux petites pensions n’auraient donc qu’à attendre quelques trimestres pour que le prix de leur panier cesse d’augmenter. Quelques trimestres, cela peut vite se traduire en années. D’ailleurs, « on ne prévoit pas de baisse des prix de l’alimentation à l’horizon 2025 », avertit un des auteurs des projections macroéconomiques 2023-2025 de la Banque de France.

Voilà qui n’empêche pas un autre bluffeur de métier, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, de se réjouir pour les consommateurs, puisqu’une nouvelle négociation entre la grande distribution et les capitalistes de l’agroalimentaire devrait avoir lieu bientôt. Celle-ci devrait, d’après le ministre en tout cas, tenir compte de la supposée baisse des prix de gros. C’est faire mine d’oublier que les précédentes négociations ont abouti début mars à une hausse moyenne de 10 % des prix payés par les distributeurs aux industriels, évidemment répercutée sur les consommateurs. La patience demandée pour quelques trimestres pourrait bien se transformer en colère avant cela.

Viviane LAFONT