Pérou : mobilisation populaire malgré la répression

19 Janvier 2023

Dans un Pérou désormais en état de siège, des milliers de paysans ont décidé de le braver et se sont mis en marche pour manifester à Lima. Ils exigent de nouvelles élections et la libération du président destitué, Pedro Castillo, dans lequel ils plaçaient leurs espoirs.

Depuis un mois, les soutiens de Pedro Castillo, en particulier les paysans du Sud andin, souvent d’origine indienne, ne cessent de manifester en sa faveur. Celle qui lui a succédé, Dina Boluarte, auparavant sa vice-présidente, n’a su leur répondre que par la répression policière, qui a déjà fait 47 morts.

Ce n’est pas la première fois que le Congrès écarte un président qu’il ne juge pas à sa convenance, mais cette fois cela ne passe pas. Pedro Castillo n’est pas un homme du sérail politicien. C’est un instituteur et un syndicaliste ayant joué un rôle dirigeant dans une grève d’enseignants. Contre toute attente, il avait été élu à la présidence de la République sur un programme promettant une réforme agraire et des mesures en faveur de l’éducation et de la santé pour tous, pour réduire les inégalités, comme la majorité de la population le voudrait.

Mais, au Pérou comme ailleurs, les partis conservateurs sont prêts à tout pour défendre, bec et ongles, les prérogatives des classes possédantes. Quand ­Castillo a tenté de mettre en œuvre son programme, il s’est heurté à un Congrès d’autant moins décidé à acquiescer qu’il y était en minorité et que bien des parlementaires estiment, avec un mélange de préjugés de classe et de racisme, qu’un petit instituteur, à moitié indien, n’a rien à faire sur le siège de la présidence.

Comme bien d’autres réformistes avant lui, ­Castillo a tenté d’amadouer ses opposants en proposant diverses équipes gouvernementales censées être plus acceptables, mais sans succès. Aucune réforme n’a vu le jour et, acculé, il a tenté de contourner le Congrès. Accusé de vouloir faire un contrecoup d’État, il n’a pas été suivi par son gouvernement, a été destitué et emprisonné. Sa propre vice-présidente, ne l’a pas soutenu, et a accepté par contre de lui succéder.

C’est donc maintenant par leur mobilisation, par leurs manifestations, que tous ceux qui avaient mis leurs espoirs dans ­Pedro Castillo tentent de le défendre. Au-delà de sa personne, ce sont leurs aspirations sociales qui s’expriment, contre les inégalités et les injustices. Mais il y a aussi une leçon à tirer : se fier à un homme et aux institutions officielles pour qu’ils satisfassent les revendications des masses, c’est aller au-devant de l’échec. Pour vaincre vraiment les classes dominantes, les travailleurs et l’ensemble des classes populaires devront se donner les moyens de la révolution.

Jacques FONTENOY