Noël Le Graët : bonnes affaires et remugles

11 Janvier 2023

Après des propos désinvoltes et cassants à l’égard de Zinédine Zidane, icône du football français, le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, s’est pris une volée de bois vert, tant de la part du milieu du football que de la ministre des Sports.

Amélie Oudéa-Castera l’a ainsi invité à démissionner, et elle a demandé au comité exécutif de la fédération de l’écarter.

Le Graët, 81 ans, a cependant fait bien pire que tenir des propos désinvoltes, sans être vilipendé pour autant. D’abord patron d’une société agroalimentaire à Guingamp, dans les Côtes-d’Armor, il ne gère plus directement l’entreprise mais celle-ci est demeurée dans le giron familial et fait aujourd’hui un chiffre d’affaires de quelque 200 millions d’euros, en exploitant plus de 800 salariés. Comme d’autres patrons de province, Le Graët est devenu président du club local, En avant Guingamp, qu’il a dirigé pendant trente ans. Et c’est sous l’étiquette du Parti socialiste que ce notable a été maire de la ville pendant deux mandats (1995-2008), avant de devenir président de la FFF en 2011.

À la tête de la fédération, celui qui est connu comme carburant toute la journée au champagne affiche un triste bilan. Plusieurs femmes l’accusent de harcèlement sexuel, de propos et de gestes déplacés. Contre l’évidence, il nie le racisme et l’homophobie qui existent dans les stades et dans le football. Avant le Mondial du Qatar, après un reportage sur les conditions de vie et de travail révoltantes des salariés du futur hôtel de l’équipe de France, il a minimisé, disant qu’il suffirait de « coups de peinture ».

Plus largement, la FFF se comporte en entreprise sans scrupule. En 2021, elle a ainsi mis en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi prévoyant 26, puis 18 licenciements, prétendument en raison des conséquences économiques de la pandémie. En réalité, alors que Le Graët prétend exercer ses fonctions à titre bénévole, la FFF réserve à ses dirigeants et à ses vedettes des rémunérations et des avantages exorbitants (avions privés, etc.).

La FFF n’est pas la seule ligue sportive peu reluisante. La Fédération française de rugby reste présidée par Bernard Laporte, ancien secrétaire d’État de Sarkozy, affairiste notoire, récemment condamné pour corruption. La Fédération française des sports de glace a été dirigée pendant vingt ans par Didier Gailhaguet, complaisant avec les viols commis par un de ses entraîneurs sur de jeunes patineuses. Et les fédérations internationales, dont les budgets sont dix ou cent fois supérieurs à ceux des ligues nationales ne valent pas mieux. Un président de la FIFA a plus de pouvoir que bien des chefs d’État. À ce niveau-là, le beau jeu, les dribbles, les lobs et les petits ponts ne sont que les feuilles de vigne de l’affairisme le plus débridé.

Le fonctionnement des fédérations sportives est à l’image du capitalisme. Aujourd’hui, si même le gouvernement demande la tête de Le Graët, le monde politicien a fermé les yeux pendant des années sur les pratiques sordides de ce dirigeant sans vergogne du sport business : il est, au fond, l’un des siens.

Michel BONDELET