Chlordécone : un non-lieu révoltant

11 Janvier 2023

Le tribunal de Paris a tranché, lundi 2 janvier, dans l’affaire du chlordécone : non-lieu ! Il n’y a donc, du point de vue de la justice, ni coupables ni responsables d’un empoisonnement qui atteint 90 % de la population dans les deux îles des Antilles, en Guadeloupe et en Martinique.

Jusqu’à l’interdiction en 1993, voire même après, les ouvriers agricoles ont répandu dans les champs de banane des produits mortels. Beaucoup sont morts, y compris sur les plantations, ou sont aujourd’hui victimes de différents types de cancers.

Le chlordécone a été interdit aux USA en 1977, puis en France en 1990. Il a continué à être utilisé aux Antilles sur dérogation jusqu’en 1993. La pollution atteint les terres et contamine toutes les productions de tubercules souvent consommés par la population (ignames, patates douces…) Elle contamine les animaux qui consomment les produits contaminés, jusqu’aux œufs. Les rivières et la mer sont polluées, affectant tout ce qui y vit : poissons, crustacés. C’est dire l’ampleur du désastre.

Le potentiel cancérigène de ce produit est connu de longue date. Après seize ans de procédure, les juges ont tranché : il y a prescription, affirmant même que l’impact du produit sur la santé n’était pas scientifiquement prouvé lors de son interdiction.

La réaction de la population antillaise est unanime : c’est un scandale ! Les plus touchés sont les ouvriers agricoles. Certains ont semé ce produit à mains nues sans aucune protection pendant des années. Il y avait bien des malaises, des évanouissements, des décès brutaux et prématurés. Mais ils ne savaient pas ce qu’on leur faisait faire. Les riches possédants, les békés, eux, savaient, les ministres et les hauts fonctionnaires savaient aussi puisque c’était interdit dans d’autres pays et en France même.

Depuis la révélation de l’empoisonnement, il y a eu plusieurs plans chlordécone. Le dernier fait état de plus de 90 millions d’euros de crédits. Mais pour l’instant, rien ne change : il n’est question ni décontamination ni d’indemnisation des travailleurs.

Les avocats chargés du dossier feront appel, ont-ils dit avec raison, ils se pourvoiront en cassation, puis devant la Cour européenne de justice si nécessaire. Il s’agit d’obtenir la condamnation de cette pollution criminelle et de ses auteurs, ainsi que la reconnaissance comme maladies professionnelles des cancers, pas seulement celui de la prostate mais aussi des cancers du sang ou autres, du sein pour les femmes. Il faudra une grande démonstration de force de la part de la population, à la hauteur de l’injustice de classe et du mépris colonial dont elle est victime.

Marie-Céline Deshauteurs