Israël : l’extrême droite au pouvoir

04 Janvier 2023

Jeudi 29 décembre, Benyamin Netanyahou est finalement parvenu, au prix de longues tractations, à constituer son gouvernement, dont la moitié des membres appartiennent à l’extrême droite religieuse et nationaliste, voire ouvertement raciste.

Le parti de la droite traditionnelle, le Likoud, s’est réservé certains ministères clefs comme celui de la Justice, qui jouera un rôle très important alors qu’un procès est en cours pour trois accusations de corruption à l’encontre de son dirigeant Netanyahou. Mais celui-ci a eu fort à faire pour s’assurer le soutien de ses alliés d’extrême droite, condition indispensable pour obtenir une majorité à la Knesset, le ­Parlement israélien. Ainsi, le dirigeant du Shas, une organisation juive ultra­orthodoxe, habituée des combinaisons ministérielles, ayant déjà siégé dans le passé aux côtés des travaillistes, avait été condamné pour fraude fiscale, ce qui lui fermait tout accès à la haute fonction publique. Il a donc fallu faire voter d’une façon un peu précipitée une loi lui permettant de devenir ministre de l’Intérieur, de la Santé et vice-Premier ministre.

À côté de ce type de vieux routier de la politique israélienne siègent des éléments venant d’une frange de l’extrême droite qui était jusque-là tenue à l’écart des responsabilités gouvernementales. Ainsi, le dirigeant et unique député du parti ultrareligieux Noam, partisan de réduire les droits des femmes et des homosexuels, a été nommé ministre adjoint au bureau du Premier ministre chargé de la promotion de « l’identité nationale juive » dans une institution créée sur mesure.

Le dirigeant du parti Sionisme religieux, partisan du développement de la colonisation juive en Cisjordanie, et vivant lui-même dans une colonie, a été nommé ministre indépendant au sein du ministère de la Défense. De cette façon il aura la main sur les constructions dans la zone C de Cisjordanie, zone sous contrôle civil et militaire israélien. Il pourra ainsi appuyer la création de colonies juives en évinçant des Palestiniens de leurs terres. Un autre représentant des colons, Itamar Ben Gvir, du parti Pouvoir juif, prend la tête d’un superministère de la Sécurité nationale, alors qu’il a été condamné pour incitation au racisme, soutien à des organisations terroristes juives, et qu’il se dit partisan du transfert d’une partie de la population arabe d’Israël vers les pays voisins.

Le gouvernement prévoit de réformer le système judiciaire, afin notamment de diminuer les pouvoirs de la Cour suprême qui, à plusieurs reprises, a pu faire obstacle à certaines des mesures prônées par l’extrême droite la plus réactionnaire. Des installations de colonies juives avaient pu aussi être bloquées par des tribunaux. Les droits des Arabes israéliens, considérés comme des citoyens de seconde zone, pourraient être encore plus remis en cause, mais beaucoup d’Israéliens craignent à juste titre un recul général des droits et des libertés publiques.

Le premier acte de ce gouvernement sur le plan international a consisté à bombarder lundi 2 janvier l’aéroport de Damas, en Syrie, faisant quatre morts. Le lendemain le ministre Ben Gvir y a ajouté une provocation à l’égard des Palestiniens en se rendant sur l’esplanade des Mosquées de Jérusalem. Renforcement de l’extrême droite, évolution vers un régime de plus en plus autoritaire et état de guerre permanente, telles sont les seules perspectives que ce gouvernement et sa politique d’oppression des Palestiniens peuvent offrir aux Israéliens.

Marc RÉMY