Gaz : une facture salée en préparation

04 Janvier 2023

Les prix de gros du gaz ont récemment chuté. Le mégawatheure se vend actuellement cinq fois moins cher que lors du pic d’août dernier. Cela fait peut-être les affaires des fournisseurs mais, pour la population, l’année n’en commence pas moins par une hausse des tarifs de 15 %. Et d’ici quelques mois, ceux-ci pourraient s’envoler.

L’État prétend qu’il a protégé la population car, sans son bouclier tarifaire, les factures de gaz des particuliers auraient plus que doublé, un peu comme cela s’est passé dans des pays comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne. Mais pour certains petits artisans ou commerçants comme les boulangers qui manifestent en ce moment, qui avaient souscrit des contrats à des tarifs non réglementés, les hausses ont été vertigineuses. Cela a été le cas aussi pour certains bailleurs HLM ou certaines municipalités qui ont ­répercuté les hausses sur les charges accompagnant les loyers. Et que se passera-t-il, fin juin, quand le bouclier tarifaire du gaz disparaîtra et que les prix du marché s’imposeront à tous ?

D’après les grands médias, les hausses de prix du gaz sont les conséquences de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales contre la Russie, les pays européens ayant été obligés de remplacer le gaz russe par du gaz fourni par d’autres pays producteurs, comme le Qatar, la Norvège ou les États-Unis. Alors que le flux de gaz russe vers l’Europe est aujourd’hui à 20 % de ce qu’il était il y a un an, les livraisons en provenance des États-Unis ont doublé. Et le pic du prix du gaz de cet été s’explique par la ruée des pays européens sur ce gaz américain pour remplir leurs cuves de stockage en prévision de l’hiver.

Les groupes gaziers et les spéculateurs ont été les grands gagnants de la situation et ont fait des bénéfices exceptionnels. À commencer par le groupe Total­Energies, qui est devenu le premier exportateur de gaz américain. Et puis ces grands groupes ont eu une politique de prix élevés, se concertant pour limiter leur production. Des mois avant l’offensive militaire russe de février 2022 en Ukraine, les prix du gaz montaient déjà en flèche.

La baisse actuelle des prix de gros pourrait n’être que passagère. Une fois les stocks pleins, la demande a été moins forte et les prix ont chuté, d’autant plus que, l’automne et l’hiver étant doux, les stocks ont peu baissé. Mais quand, après l’hiver, il faudra les renouveler, la demande et les prix pourraient remonter en flèche, à peu près au moment même où le gouvernement prévoit la fin du bouclier tarifaire du gaz pour les particuliers. Autant dire que, en fait de bouclier, il prévoit de les livrer pieds et poings liés à la mafia des spéculateurs.

Pierre ROYAN