Japon : doublement du budget militaire

21 Décembre 2022

Le gouvernement japonais va augmenter ses dépenses militaires dans les cinq années qui viennent. Il veut doubler ses forces combattantes, se doter de missiles à longue portée, investir avec la Grande-Bretagne et l’Italie dans la fabrication d’un nouvel avion de combat, fortifier les îles disputées à la Chine, augmenter sa puissance navale.

Défait, ravagé par la politique américaine de bombardements à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon s’était reconstruit sans avoir à financer une véritable force armée. Il s’agissait, sous l’œil des États-Unis et de leurs multiples bases militaires, de se contenter d’une police capable de gérer d’éventuels troubles sociaux et d’une armée, dite d’autodéfense, réduite au minimum nécessaire à l’entretien d’un cadre d’officiers de métier. La même politique fut appliquée par les Alliés, et pour les mêmes raisons, à l’Allemagne vaincue.

Ces deux pays sont redevenus des puissances industrielles à partir des années 1960. Le fait de ne pas entretenir d’armée permanente, de ne pas participer au maintien de l’ordre impérialiste comme les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, a facilité leur retour en force sur le marché mondial. Mais les temps changent. La crise persistante et sans solution de l’économie mondiale, la montée des tensions de toute nature, la reprise de la course aux armements, la multiplication des discours belliqueux et des conflits indiquent que le capitalisme est à nouveau gros d’un conflit général. Ni l’Allemagne ni le Japon ne pourront rester à l’écart, quand bien même ils le voudraient.

Le réarmement de ces deux puissances, annoncé à quelques semaines d’intervalle, procède des mêmes causes. L’Allemagne réarme en invoquant la guerre en Ukraine, le Japon parle de la menace chinoise et des missiles nord-coréens. Mais les deux le font avec l’accord et même à la demande des États-Unis, qui ne veulent plus être les seuls à assumer les frais du maintien de l’ordre. L’impérialisme américain préférerait de plus avoir des alliés bien armés à ses côtés en cas de conflit généralisé. Cela s’affirme à l’Ouest par le renforcement de l’OTAN contre la Russie et dans le Pacifique par le renforcement de l’alliance militaire antichinoise, regroupant le Japon, l’Inde et l’Australie derrière les États-Unis.

Les possédants allemands comme japonais ont également leurs propres raisons, identiques sur le fond à celles de leurs homologues des autres puissances, dont la France. Chaque bourgeoisie espère profiter du conflit qui s’annonce à la hauteur de son investissement, c’est-à-dire de ses capacités militaires.

Le cynisme habituel de la course au profit se transforme ainsi aisément en sinistre course au massacre.

Paul GALOIS