Cabinets privés : c’est cher du conseil

21 Décembre 2022

Dès 2021, la Cour des comptes a révélé dans un rapport que plusieurs contrats de conseil, dont ceux du cabinet McKinsey, avaient été conclus par l’État dans des conditions problématiques pendant la crise sanitaire du Covid. Ce rapport a été cité par le journal Le Monde le 12 décembre.

La justice s’est saisie de cette affaire. Plus de 50 millions d’euros auraient ainsi été versé à des cabinets privés pour des prestations informatiques réalisées pour la Direction générale de la santé. Treize millions supplémentaires leur auraient été versés pour des conseils, que ce soit pour l’organisation de la campagne de vaccination, l’utilisation des masques ou la gestion progressive du retour à la normale. Rien que pour McKinsey, le montant des commandes de missions s’est élevé à 11,6 millions d’euros entre novembre 2020 et février 2022.

Les cabinets de conseils privés se font payer par de grandes entreprises ou par des États pour fournir des rapports censés aider les unes ou les autres à prendre leurs décisions. En France, le gouvernement aurait eu recours à ce type de cabinet pour des montants qui sont passés de 380 millions d’euros en 2018 à 894 millions d’euros en 2021. Le gouvernement a aussi eu recours à McKinsey pour définir le mode de calcul des APL, ou encore pour la dernière réforme des retraites, jusqu’à présent reportée.

Le prétexte principal pour recourir à ces cabinets serait leur « expertise », qui permettrait de prendre les meilleures décisions. En fait, les décisions prises par la myriade de hauts fonctionnaires publics et leurs conseilleurs privés, certains passant de l’un à l’autre pendant leur carrière, ont été les meilleures du point de vue des classes possédantes, au détriment des classes populaires. Parce que, au fond, que ce soit par l’intermédiaire de cabinets privés ou dans les salons des ministères publics, cet État n’est que le conseil d’administration de la classe capitaliste.

S’il s’agissait de prendre les meilleures décisions du point de vue de la population, il n’y aurait pas besoin de cabinets de conseil qui vendent leurs rapports pour des millions d’euros. Les travailleurs concernés connaissent la réalité et sauraient faire les choix nécessaires. En matière de santé et de vaccination, les soignants auraient pu sans difficulté déterminer les attitudes adéquates. Prendre les choses en main, décider dans l’urgence, c’est d’ailleurs ce qu’ils ont parfois fait dans les hôpitaux pour limiter au début de l’épidémie les dégâts provoqués par la politique d’économies de lits, de personnel et de matériel de protection.

S’ils le faisaient à l’échelle de toute la société et de toute l’économie, en plus d’économiser des milliards dépensés en « conseils », les travailleurs économiseraient à la population les conséquences des choix catastrophiques de la classe dominante.

Charles Legoda