Auxerre : des quartiers populaires démantelés

21 Décembre 2022

À Auxerre, un plan de démolition va débuter en 2023 dans deux quartiers. Des centaines de logements sociaux vont y être détruits, mais aussi trois écoles et un bâtiment abritant la mission locale et d’autres associations.

À la place, seuls une quarantaine de logements sociaux seront reconstruits. Quant aux écoles et à l’ancien collège, ils seront regroupés en une seule cité éducative.

Comment les habitants vont-ils être relogés ? Depuis quinze ans, des centaines d’appartements HLM ont déjà été détruits, sans reconstruction de logements équivalents. Au moment de la démolition, les locataires sont mis devant un ultimatum : accepter à contrecœur un logement qui ne leur convient pas ou bien devoir payer plus cher. Ainsi, les occupants sont triés et répartis dans d’autres logements en fonction de leur revenu.

Les immeubles qui n’ont pas été démolis ont été abandonnés à une dégradation totale, sans rénovation autre que de façade, et encore. Avec la réduction du personnel d’entretien et des tournées de ramassage des poubelles, les rats commencent à occuper les lieux. En hiver, bon nombre d’habitants sont contraints de calfeutrer leur porte d’entrée avec des couvertures pour bloquer les courants d’air glacial. Des moisissures se développent sur les murs, le seul effort fait par le bailleur social consistant à mettre une couche de peinture blanche à la veille de l’entrée de nouveaux occupants.

Ce qui révulse le plus les habitants est peut-être la publicité faite à cette opération. Le journal local présente le plan de démolition comme une « rénovation » voire une « réhabilitation ». La dégradation résulte pourtant des décisions de la mairie d’Auxerre et du bailleur social. Et ce sont les mêmes qui aujourd’hui stigmatisent le quartier, et en même temps sa population, à cause de l’insécurité et de la saleté qui y règnent.

Cette politique vise à masquer une grossière opération financière au profit de promoteurs immobiliers. On sait déjà que des habitations privées, un nouveau parc de stationnement et un village senior seront construits à la place des HLM, mais la destination finale des terrains n’a pas été communiquée.

Les moyens existent pour construire des logements modernes en masse, qui permettraient à tous ­d’habiter dans les meilleures conditions, mais la propriété privée et la rente immobilière dominent : pour ceux qui ne peuvent payer, il reste les taudis.

Correspondant LO