Réforme des retraites : reculer pour mieux sauter

14 Décembre 2022

Macron espère-t-il trouver un terrain d’entente avec le nouveau chef des LR, Éric Ciotti ? Ou veut-il se donner le temps de tenter de rallier la CFDT ? En tout cas, il a finalement décidé de repousser au 10 janvier l’annonce détaillée de la réforme des retraites, ce qui montre qu’il n’est pas si sûr de pouvoir mener son attaque avec succès.

Les grandes lignes de cette réforme sont d’ores et déjà connues. Macron ne prend plus la peine de recourir aux prétextes de 2019. S’il prétendait, à l’époque, chercher avant tout à harmoniser les régimes de retraite en les fondant dans un système unique à points, il admet à présent que sa réforme n’est qu’une histoire de gros sous, avec dans le viseur les 300 milliards d’euros annuels que représentent les pensions de retraite.

L’idée serait de récupérer une partie de cette manne en repoussant à 65 ans l’âge minimal de départ à la retraite. La première génération touchée serait celle de la seconde moitié de l’année 1961, alors qu’elle pouvait théoriquement partir à la retraite dès l’été prochain. Des dérogations à 62 ans seraient envisagées pour les carrières longues. Ce dispositif permet aujourd’hui de prendre sa retraite à 60 ans... à condition d’avoir validé 43 années de cotisation et avec un certain nombre de restrictions puisque, sur l’ensemble de la vie, seulement deux trimestres en invalidité ou quatre trimestres au chômage peuvent être comptabilisés.

En réalité, réforme après réforme, toutes les carrières deviennent des carrières longues, faisant reculer peu à peu les conditions de vie des travailleurs. En 2020, l’âge moyen de départ à la retraite, 62 ans et demi, était déjà supérieur de deux ans à ce qu’il était en 2010. Tous les travailleurs ne restent cependant pas en emploi avec l’allongement de la vie active, car beaucoup sont usés par le travail ou mis à l’écart par les patrons. Chaque réforme qui repousse l’âge de départ augmente ainsi la pauvreté en fin de vie active et pèse sur les pensions de retraite, laminées par les décotes. D’après la DARES, environ 46 % des 55-64 ans ne travaillent plus, qu’ils soient au chômage, en maladie ou en invalidité. Par conséquent, la pension moyenne des nouveaux retraités est déjà très faible : 1 466 euros brut par mois en 2020, et seulement 1 187 euros pour les femmes.

Le gouvernement se dit prêt à envisager d’utiliser encore le 49.3, en intégrant sa réforme des retraites dans un projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale.

La seule chose qui peut bloquer cette nouvelle attaque est la mobilisation du monde du travail.

Sacha Kami