Iran : malgré la répression, le mouvement continue

14 Décembre 2022

Début décembre, alors que les manifestants appelaient à la grève générale, l’État iranien a encore durci la répression. Il a ainsi fait exécuter par pendaison en public plusieurs manifestants accusés de s’en être pris à des agents du régime. Cela n’a pas arrêté la contestation.

Ce durcissement de la répression semble bien être la réponse à la grève générale de trois jours qui s’est déroulée du 5 au 7 décembre. Ainsi, la veille de la grève, le régime avait annoncé que quatre personnes avaient été exécutées par pendaison pour destruction de biens publics et enlèvement, et pour collusion avec les services de renseignement israéliens. Le 5 décembre, alors que les rideaux de nombreux commerces étaient baissés dans une cinquantaine de villes, que la grève semblait suivie dans plusieurs raffineries du pays, le chef de l’Autorité judiciaire avait confirmé que des peines de mort, 28 selon Amnesty International, avaient été validées par la Cour suprême et que des exécutions auraient lieu prochainement.

Le même jour, le corps des gardiens de la révolution a félicité le pouvoir judiciaire pour sa « fermeté » et l’a invité à accélérer les procédures à l’encontre des ­manifestants accusés de « corruption sur Terre » ou d’« inimitié à l’égard de Dieu ». Le 8 décembre, Mohsen Shekari, 23 ans, accusé d’avoir blessé un paramilitaire après avoir bloqué la circulation sur une avenue de Téhéran, a été pendu. Le 12, c’est ­Majidreza Rahnavard qui l’a été, accusé d’avoir tué deux agents de sécurité.

Ces exécutions se veulent à la fois une démonstration de force à l’encontre des manifestants et un encouragement à destination des supplétifs du régime, notamment les gardiens de la révolution et les miliciens bassidjis, pour qu’ils n’hésitent pas à employer la terreur. Car les condamnations ne sont qu’un aspect de la répression. En trois mois, au moins 450 manifestants sont morts dans les rues du pays, sous les coups et les balles de l’armée et de la police. 18 000 personnes ont été interpellées. Des centaines subissent la torture dans les prisons du régime.

La répression n’a pas arrêté la contestation. La troisième journée de grève générale en Iran devait être celle des universités, les organisations de jeunesse ayant appelé à en faire une « journée de terreur pour l’État ». Les étudiants avaient reçu mardi 6 décembre un signe de soutien de l’ancien président Mohammad Khatami, qui a été à la tête de l’Iran entre 1997 et 2005. C’est peut-être le signe qu’une partie des dirigeants iraniens hésitent sur la conduite à tenir. Mais cela peut être aussi l’ouverture d’une voie de garage, un leurre, ce même ­Khatami ayant estimé, il y a trois semai­nes, qu’un « renversement du système n’était ni possible ni souhaitable ». Il avait alors appelé les autorités à « s’autocorriger ».

La jeunesse iranienne révoltée ne peut se fier à ce type de politicien ou à qui promettrait d’opérer quelque changement à la tête du régime. Ce régime de dictature doit être renversé et il peut l’être, si la révolte de la jeunesse trouve des alliés dans le reste de la population et dans la classe ouvrière.

Serge BENHAM