Macron à Washington : impérialistes petits et grands

07 Décembre 2022

La bonne entente affichée lors de la visite de Macron à Biden à Washington n’empêche pas la guerre commerciale entre les grandes puissances.

Les pleurnicheries de Macron n’ont pas infléchi la volonté de Biden de mener une politique protectionniste.

L’idylle entre les deux présidents avait pourtant bien commencé. Les deux se remerciant chaleureusement et se passant la main dans le dos lors des conférences de presse, faisant des selfies dans les restaurants. Macron parlant de ses échanges avec « son ami » et Biden expliquant : « nous partageons les mêmes valeurs. » Mais derrière cet affichage se cache la rivalité économique entre puissances impérialistes. Et, dans cette guerre commerciale, Macron a beau manger du homard avec Biden, il ne concourt pas dans la même catégorie.

En effet, le président américain a annoncé un programme d’investissement et de subventions aux entreprises américaines de 430 milliards de dollars pour favoriser le Made in America : l’Inflation Reduction Act (IRA). Cette politique protectionniste représentera un avantage sérieux pour les entreprises américaines dans la concurrence internationale.

Confronté à cette nouvelle attaque contre les capitalistes concurrents, en particulier européens, Macron a cherché à muscler son jeu en prétendant parler au nom de l’Union européenne. Ce n’est pas le cas, car les États européens, aux intérêts différents, voire opposés, sont loin de s’être mis d’accord pour parler d’une seule voix. Et même si cela était le cas, ni l’État français ni celui des autres pays européens ne font le poids et ne peuvent soutenir leur propre bourgeoisie à la même hauteur, ensemble ou séparément. De même que le capital français ou européen ne peut concurrencer la puissance économique des multinationales américaines.

« C’est super agressif pour nos entreprises », a déclaré Macron. Mais cela n’a évidemment pas fait bouger Biden et ce d’autant plus que tous les pays mènent ce type de politique, la France y compris. Tous les États qui en ont les moyens subventionnent leurs entreprises. Il n’y a qu’à rappeler le « quoi qu’il en coûte » de Macron, le CICE de Hollande, la politique agricole commune de l’UE, les plans de sauvetage des banques en 2008… De son côté, Biden n’innove pas non plus puisqu’il poursuit la politique protectionniste de son prédécesseur ­Trump. En fait, dans ce système capitaliste pourrissant, les États sont plus que jamais des béquilles financières indispensables pour les entreprises.

Et pendant que les représentants politiques de la bourgeoisie s’agitent, comme Macron à ­Washington, les populations trinquent. Les ­subventions versées aux entreprises représentent autant de financements en moins pour l’entretien des routes, des réseaux d’électricité ou d’eau. Ce sont des hôpitaux qui peinent à fonctionner à cause du manque de personnel et des écoles où les élèves s’entassent dans les salles de classe.

De plus, soutenir les entreprises dans la compétition internationale,place les populations dans un climat permanent de guerre commerciale qui finit toujours par se transformer en guerre tout court.

Joséphine Sina