Migrants : l’Europe forteresse, ses quotas, ses camps…

23 Novembre 2022

À peine avait-il placé en zone de rétention à Toulon les migrants rescapés de l’Ocean Viking que Gérald Darmanin activait les procédures destinées à s’en débarrasser, et le faisait largement savoir.

La plus grande partie de ceux auxquels Darmanin n’a pas fait délivrer des obligations de quitter le territoire sont ainsi censés partir vers d’autres pays en vertu du « nouveau mécanisme européen de répartition des migrants ».

L’Union européenne avait mis en place en 2015 un premier « mécanisme de répartition des migrants » pour répondre à la demande des pays où ceux-ci débarquent, Italie, Grèce, Espagne. Dans ce mécanisme qui a été appliqué de 2015 à 2018, elle allouait à chaque pays des quotas de réfugiés à recevoir, fixés en fonction de sa population et de son PIB. Mais cela n’a jamais fonctionné. Les États ont tout de suite pu revoir à la baisse le nombre qu’ils s’engageaient à en accueillir, et de toute façon ils n’ont jamais respecté l’accord. À la fin du mécanisme, en 2018, la plupart des migrants qui auraient pu être concernés se trouvaient encore en Grèce et en Italie. De plus, ces relocalisations éventuelles ne concernaient de toute façon qu’une partie des migrants, ceux qui se déclaraient demandeurs d’asile et devaient donc prouver qu’ils risquaient leur vie dans leur pays d’origine.

Déclarant que la contrainte ne fonctionnait pas, l’Union européenne a alors instauré en 2022 un nouveau mécanisme fonctionnant officiellement au volontariat. C’est en vertu de ce traité que Darmanin a pu annoncer qu’une partie des rescapés de l’Ocean Viking devraient être répartis dans les onze États européens qui se sont engagés à les accueillir.

De son côté, Darmanin en a profité pour suspendre « à effet immédiat » la promesse d’accueillir 3 500 migrants qui sont actuellement en Italie et que la France devait accepter au nom du mécanisme européen. Il prétend ainsi punir l’Italie pour ne pas avoir laissé l’Ocean Viking aborder dans l’un de ses ports.

L’odieux bras de fer ­franco-italien avec la peau des migrants continue donc, et Darmanin montre une nouvelle fois qu’il n’a rien à envier à l’extrême droite en matière de démagogie anti-immigrés.

Daniel MESCLA