Coupe du monde : le capitalisme jusqu’à la caricature

23 Novembre 2022

Le capitalisme a fait du sport, et du football en particulier, une affaire de gros sous. Les clubs, les sponsors, et même les joueurs, brassent des millions. Chaque compétition planétaire met en jeu des milliards, qui atterrissent dans les caisses des bétonneurs, des équipementiers, des chaînes de télévision, des publicitaires, des hôteliers, etc.

Tout cela est connu depuis longtemps. Mais le fait que le Mondial se déroule cette année au Qatar a poussé cette logique capitaliste jusqu’à des sommets de grossièreté et d’absurdité.

Le Qatar est une création de l’impérialisme britannique. Ses frontières furent fixées au milieu des années 1930, après la découverte des premiers champs pétroliers. Elles ont été dessinées pour assurer la mainmise des compagnies pétrolières occidentales sur les hydrocarbures de la région.

Les clés de ce puits de milliards furent alors confiées au clan des al-Thani, dynastie toujours au pouvoir. Les pétroliers comme Total continuent d’en profiter et la famille princière est désormais à la tête d’un fonds de plus de 400 milliards d’euros,
Alors, attribuer la Coupe au Qatar était la garantie du jackpot pour la FIFA et pour tous les capitalistes à l’affût de bons coups. Et ce n’est pas pour rien que Sarkozy et Platini ont pesé pour que la Coupe lui soit attribuée plutôt qu’aux États-Unis !

Pour la bourgeoisie française, dont le Qatar est un partenaire de premier plan, c’était même l’idéal. Le deal entre la France et le Qatar comprenait l’achat à Dassault d’avions Rafale pour plus de six milliards d’euros.

Mais l’affaire offrait aussi des opportunités en or pour Vinci, Eiffage, Bouygues, Saint-Gobain, Accor ou Thales. Et ils n’ont pas été déçus, parce que le Qatar a mis le paquet. Il aurait dépensé 220 milliards d’euros, quand la Coupe du monde en Russie en aurait coûté 14.

L’émirat a fait surgir des sables du désert des routes, une nouvelle ville et sept magnifiques stades, qui ne serviront sans doute plus à rien après la compétition. Et, comme il n’a pas les capacités hôtelières pour accueillir l’ensemble des supporters, il a prévu un pont aérien quotidien avec le Koweït et Abou Dhabi.

Au moment où les dirigeants du monde entier appellent les peuples à faire des sacrifices pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et à l’heure où le monde s’enfonce dans la guerre, la crise climatique et dans la famine pour certains pays, tout cela est absurde et révoltant.

« Il fallait donner la Coupe au monde arabe », se justifie la FIFA. Quelle blague ! La FIFA n’a fait de fleur à personne.

Elle a vendu la Coupe à une pétromonarchie où les besoins et le train de vie des 350 000 citoyens qataris sont assurés par deux millions de travailleurs étrangers, venus d’Inde, du Népal, du Bangladesh ou des Philippines.

Quant au Qatar, il se fiche bien des populations du monde arabe ! Pour le clan de l’émir al-Thani, les Égyptiens, les Syriens, les Irakiens ou les Soudanais sont avant tout de la chair à exploiter. Il règne aussi d’une main de fer sur les habitants de son propre pays, en s’appuyant sur une pratique rigoriste de l’islam pour opprimer les femmes et persécuter les homosexuels.

Et, comme toujours, ce sont les travailleurs et les plus pauvres d’entre eux qui subissent la dictature la plus féroce. Au Qatar, les ouvriers qui construisent ce paradis pour princes et membres de la jet-set sont privés de droits. Leurs conditions de travail illustrent ce qu’est l’esclavage salarié, au sens premier du terme.

Endettés et menacés d’être expulsés à la moindre protestation, les ouvriers sont forcés de travailler sous des températures supérieures à 40 degrés, parfois 12 heures par jour, sept jours sur sept, parfois avec eau et nourriture rationnées. Tout cela pour toucher 200 à 300 euros par mois, quand leur patron ne disparaît pas dans le désert au moment de verser la paye tant attendue !

D’après une enquête du journal The Guardian, plus de 6 500 ouvriers seraient morts au Qatar lors des dix dernières années, quand celui-ci ne reconnaît que trois accidents du travail ! Ces ouvriers népalais, indiens ou égyptiens ont été victimes non seulement d’un droit du travail moyenâgeux qui enchaîne l’ouvrier à son patron, mais aussi de la rapacité des capitalistes bien de chez nous.

Le foot, les joueurs et les supporters ne sont pour rien dans toutes ces horreurs. Ce sont les profits de Vinci, de Bouygues, de Thales ou Alstom qui sont rouges du sang des ouvriers morts sur ces chantiers. Le capitalisme « est né suant le sang et la boue par tous ses pores », écrivait Karl Marx. La façon dont est organisée cette Coupe du monde montre que c’est toujours le cas.
Bulletins d’entreprise du 22 novembre

Nathalie ARTHAUD