Propagande patriotique : au profit des marchands de canons

16 Novembre 2022

Mercredi 9 novembre, après avoir visité un porte-hélicoptères, Macron s’est exprimé devant un parterre de militaires et de hauts fonctionnaires, à Toulon. Il s’agissait de tracer les grandes lignes d’une « nouvelle doctrine militaire », non plus tournée vers la lutte contre le terrorisme, mais apte à préparer une guerre comme celle qui ravage l’Ukraine.

Cela fait maintenant plusieurs années que le budget militaire est en constante augmentation : 1,9 milliard de plus par an depuis 2019, et trois milliards de plus prévus pour 2023. C’est encore insuffisant pour les états-majors, qui réclament près de 400 milliards pour la période 2024-2030. La guerre en Ukraine, scrutée sous tous ses angles comme une répétition, permet de justifier ces sommes folles, puisque Macron a effectivement annoncé que l’augmentation allait se poursuivre.

Les industriels de l’armement, comme Thales, Dassault, MDBA ou encore Naval Group, ont été reçus par le président mardi 9 novembre, pour évoquer la montée en puissance de la fabrication de munitions, d’armes et de véhicules blindés. Les marchands de canons sont donc assurés que leurs carnets de commandes seront bien remplis. Les travailleurs sont priés de se serrer la ceinture et d’accepter d’ores et déjà des sacrifices au nom de la guerre, les capitalistes de l’armement, eux, se voient promettre des profits toujours plus importants.

Dernier point du discours présidentiel, et non des moindres : la propagande militaire, pudiquement rebaptisée « réarmement moral de la nation ». Faisant la comparaison avec la crise du Covid, Macron a évoqué l’augmentation du nombre de réservistes et son projet de service national universel. Si l’heure n’est pas encore à la militarisation de la société et à la mobilisation générale sous l’uniforme, la préparation des esprits a, elle, bel et bien commencé. À l’heure où Macron tente de créer une union sacrée pour faire croire aux travailleurs qu’ils se sacrifient pour leur pays, il est indispensable de se rappeler la formule d’Anatole France, prononcée au lendemain de la Première Guerre mondiale : « on croit mourir pour la patrie, on meurt pour les industriels. » C’est plus que jamais d’actualité.

Camille PAGLIERI