Éducation : l’école des riches et celle des pauvres

16 Novembre 2022

L’Éducation nationale calcule depuis 2016 un indice de position sociale (IPS) de tous les collèges du pays. Elle ne souhaitait pas le rendre public, mais elle vient d’y être obligée, mi-octobre, par le tribunal administratif suite à une plainte déposée par un journaliste.

Pour chaque élève de collège, un indice est attribué en fonction de la profession des parents, censée refléter le niveau culturel, l’aide que la famille peut apporter à l’élève dans ses apprentissages. La moyenne des IPS de tous les élèves du collège est ensuite calculée. Ce sont ces moyennes par établissement qui viennent d’être publiées, et qui ne font que confirmer le reflet dans le système scolaire des inégalités criantes de la société.

Ainsi, alors que la moyenne de l’IPS pour tous les collèges du pays est de 103,36, la Seine-Saint- Denis, l’Aisne, le Pas-de-Calais, le Nord et la Somme sont les départements comptant le plus de collèges avec un IPS faible, en dessous de 90. Les ouvriers, employés, chômeurs, qui sont nombreux dans ces départements, ont plus de difficultés à aider leurs enfants dans leurs études et à faire leurs devoirs, que les parents des milieux plus favorisés et plus cultivés. Ces enfants ont moins accès aux activités culturelles, à des voyages, à des cours particuliers en cas de besoin. Ils ont en moyenne plus de difficultés scolaires.

Inversement, les Hauts-de-Seine, Paris et les Yvelines sont les départements comportant le plus d’établissements à l’IPS élevé, supérieur à 140. La « mixité sociale » n’existe pas plus à l’école que dans le reste de la société.

Parmi les cinquante collèges à l’IPS le plus élevé, seulement six sont publics et les autres sont des établissements privés. Situés dans des villes ou des quartiers privilégiés, ceux-ci ont en plus le droit de refuser les élèves qui ne leur conviennent pas. L’État et les collectivités locales, qui financent à 73 % les établissements privés, aident ainsi la bourgeoisie à scolariser ses enfants dans des établissements d’élite, en grande partie aux frais de la collectivité.

L’administration prétend que l’IPS lui permet de donner plus de moyens aux établissements qui regroupent des enfants défavorisés, mais la réalité montre le contraire. Depuis des années, les gouvernements ont imposé des politiques d’économies aux dépens de l’éducation des enfants des classes populaires. Les effets catastrophiques de ces politiques n’ont nul besoin d’un quelconque indice pour être parfaitement visibles.

Hélène COMTE