COP 27 : tapis vert pour les gros pollueurs

16 Novembre 2022

Le patron de Total, Patrick Pouyanné, présent à la COP 27, y a été interpellé par des militants écologistes. Il peut sembler paradoxal que l’un des plus gros pollueurs de la planète soit invité à une conférence qui dénonce l’utilisation des combustibles fossiles.

Cela montre à quel point tout ce que l’on peut peindre en vert est récupéré par les géants des industries polluantes et leurs financiers, et comment les institutions internationales en sont complices.

L’ONG Global Witness écrit : « Patrick Pouyanné est juste l’un des plus de 600 lobbyistes des industries fossiles qui ont envahi les négociations de l’ONU sur le climat. » Il y aurait à la COP 27 exactement 636 de ces lobbyistes, un chiffre en augmentation de 25 % par rapport à la COP 26, dénonce l’organisation. Pour sa part, Pouyanné est président de l’association Entreprises pour l’environnement, où sont inscrits Engie, Veolia, Lafarge, Vinci, la BNP et AXA, et intervient à ce titre dans le stand que la France tient pendant toute la COP. Total rentabilise ainsi la part infime de sa production, 0,38 % exactement, issue d’énergies renouvelables. Cela lui permet de pérorer en conférence sur des thèmes tels que « Business et neutralité carbone : une transformation collective » et de faire avancer ainsi des contrats qui n’ont rien d’écologique.

Derrière cette façade se cache une réalité sordide, que dénonçait un reportage diffusé sur la chaîne de télévision Arte. Au Texas, les habitants voient soudainement surgir près de leur maison des forages destinés à extraire le gaz de schiste. Ils subissent des micro-tremblements de terre. Des gaz toxiques s’échappent des puits et les eaux sont polluées. Quand des militants s’organisent pour protester, ils se heurtent à un mur du côté de Total. Les autorités locales ont souvent été achetées, et une élue déclare même que, de toute façon, si la commune s’opposait à Total, elle devrait en payer le prix et cela la ruinerait pour des décennies.

En Ouganda, Total effectue 400 forages dans un parc naturel et construit le plus grand oléoduc chauffé du monde, 1 400 km jusqu’à la Tanzanie et l’océan Indien. Les projets de Total dans ce pays et en Tanzanie pourraient émettre jusqu’à 34 millions de tonnes de CO2 par an, soit trente fois les émissions annuelles de ces deux pays. Les terres concernées sont censées avoir été achetées, mais la plupart des paysans qui les cultivaient, 80 000 environ, ont été expropriés sans avoir touché quoi que ce soit. Les villages sur le tracé de l’oléoduc sont surveillés par la police, la moindre tentative de protestation est réprimée et même les journalistes qui tentent de faire des reportages sur place craignent pour leur vie.

Mais comment s’étonner que la COP 27 offre une vitrine à des entreprises comme Total ? Les gouvernements et l’ONU qui l’organisent n’ont eux-mêmes rien à refuser à ces trusts irresponsables et criminels, au point que la lutte contre le réchauffement climatique qu’ils prétendent mener fait de moins en moins illusion.

Daniel MESCLA