Chômage : le patronat veut des travailleurs à sa merci

16 Novembre 2022

La réforme de l’Assurance chômage, insérée dans l’ensemble nommé maintenant loi Travail 2, devait être votée les 15 et 17 novembre par les deux chambres. Elle contient une nouvelle volée d’attaques contre les chômeurs, et en réalité contre tous les travailleurs.

Avec la précédente réforme du chômage, concoctée en 2019 par la ministre du Travail de l’époque, Elisabeth Borne, les travailleurs au chômage ont déjà subi une baisse importante des allocations. La modification du calcul du salaire de référence et du nombre de mois travaillés pour calculer le montant de celles-ci nuit en particulier aux travailleurs les plus précaires. C’est ainsi qu’en juin dernier un travailleur du secteur de l’événementiel, occasionnel par définition, a vu son indemnité journalière baisser de 62 à 26 euros suite aux nouvelles règles de calcul.

Mais cela ne suffit pas au patronat. Un nouveau tour de vis est donc prévu dans la nouvelle loi, qui introduit une « modulation des droits ». En clair, il s’agirait de définir différents coefficients à appliquer suivant le taux de chômage. Au coefficient rouge correspondrait un taux de chômage élevé et les règles actuelles – qui ont déjà bien entamé les droits des chômeurs – resteraient en place. Mais aux coefficients orange et vert correspondraient des durées moins élevées de versement des allocations, car le taux de chômage serait jugé plus favorable. Suivant une estimation faite par les syndicats, avec un taux de chômage à 7 %, la durée des droits à indemnisation baisserait de 25 % !

Et, pour couronner sa mesure, accompagnée de son écœurante campagne contre « ceux qui ne veulent pas travailler », le gouvernement y a intégré deux propositions venues des sénateurs LR, autour de la « présomption de démission ». Ainsi, un salarié déclaré en abandon de poste serait exclu des droits au chômage, de même qu’un travailleur ayant décliné deux propositions de CDI.

Le patronat, qui se félicitait déjà de la première réforme, adaptée selon lui aux « réalités du terrain », peut se frotter les mains. Le gouvernement promet bien sûr des garde-fous et assure qu’on veillera à délimiter des « zones géographiques raisonnables » au-delà desquelles le travailleur sera peut-être autorisé à décliner des offres d’emploi ainsi que des « contours professionnels » dans lesquelles elles devraient rentrer. Ainsi, comble de la compréhension, un électricien aura peut-être le droit de refuser un emploi de boulanger à 150 km de chez lui…

Cette nouvelle réforme est un pas de plus dans la contrainte que le patronat veut exercer sur les travailleurs pour leur faire accepter des conditions de travail et des salaires au rabais. Pour cela, comme pour le reste, il peut compter sur le zèle du gouvernement.

Nadia CANTALE