Pollution : Macron arrose les coupables

09 Novembre 2022

Après la COP 27, Macron a reçu à l’Élysée les patrons des 50 principaux sites industriels français, mardi 8 novembre, pour discuter des moyens de réduire leurs émissions de CO2.

À eux seuls, ces 50 sites industriels, usines de la chimie, de la sidérurgie, ­cimenteries, verreries ou encore usines de l’agro­alimentaire, rejettent 10 % de tout le dioxyde de carbone (CO2) émis dans le pays et la moitié des rejets industriels. Ces usines consomment beaucoup de gaz et de pétrole. Une réduction significative de leurs rejets de CO2 aura un tout autre effet sur le climat que tous les « petits gestes quotidiens » exigés des particuliers.

Ces entreprises appar­tiennent à des grands groupes richissimes, Arcelor, Solvay, Total, Holcim, Saint-­Gobain, Cristal Union et tant d’autres. Ces capitalistes ont accumulé leurs profits des décennies durant en produisant sans se préoccuper des conséquences de leurs choix pour l’environnement et les hommes, en concurrence les uns avec les autres, sans aucune planification rationnelle du point de vue de la société. Ces industriels auraient pu mettre en place, depuis des années, tous les dispositifs techniques qui existent pour réduire leurs émissions : modernisation des installations, remplacement du gaz par l’électricité, captage du CO2. Ils ne l’ont fait qu’avec parcimonie, au moment de renouveler des installations obsolètes et en échange de subventions.

Maintenant que le prix de l’énergie flambe et risque d’amputer leurs profits, et alors que le cours des quotas d’émissions de CO2 augmente sur le marché européen du carbone, atteignant les 100 euros la tonne, ces industriels envisagent de réduire leurs émissions. Mais il n’est pas question pour eux de financer eux-mêmes ces investissements. D’une part, ils veulent les faire payer aux consommateurs en augmentant les prix des produits industriels. D’autre part, ils se tournent vers l’État pour qu’il finance à leur place les coûteux investissements.

Quand Macron convoque en urgence ces industriels, ce n’est pas pour leur imposer des mesures contraignantes, c’est pour prendre note de leurs exigences. Et celles-ci sont simples : ils veulent que la collectivité paie les 10, 20 ou 30 milliards d’euros ­nécessaires à ces investissements, et ils sont sûrs d’être servis. En 2020, le plan France Relance avait ­réservé 1,2 milliard d’euros, sur 100 milliards destinés aux capitalistes, pour améliorer l’efficacité énergétique. L’année suivante, Castex ajoutait un milliard avec son plan France 2030. Cette année, le ministère de la Transition énergétique annonce qu’une enveloppe de dix milliards est disponible.

Pour Macron et autres serviteurs patronaux, les payeurs ne doivent pas être les pollueurs mais la collectivité, victime de leur dictature sur toute l’économie.

Xavier LACHAU