Méga-bassines : au profit de qui ?

09 Novembre 2022

Depuis la manifestation contre les seize méga-bassines à Sainte-Solines dans les Deux-Sèvres, le département de la Vienne a donné son accord pour la construction de trente retenues d’eau dans le bassin de la rivière Clain.

Après trois ans de discussions, le projet est donc passé de 41 à 30 et prévoit une retenue de 8,9 millions de mètres cubes d’eau. Avant cette mobilisation, d’autres avaient déjà eu lieu contre ce genre de projet auxquelles participaient aussi des agriculteurs.

Dans chacun des cas, les retenues d’eau sont destinées à une partie des agriculteurs. Dans les Deux-Sèvres, 435 agriculteurs seraient concernés sur 847 et une partie des maraîchers, bien qu’adhérents à la Coop de l’eau qui porte le projet, n’en profiteront pas. Ces méga-bassines correspondent de fait à la privatisation d’une partie de l’eau au profit d’une partie des agriculteurs. Les autres continueront à irriguer en se servant des ressources disponibles.

On compte déjà 600 000 retenues d’eau dans le pays, dont une partie est à l’abandon depuis des années, mais des centaines sont en construction. En Vendée par exemple, il y en a déjà vingt-sept. L’eau est puisée en hiver dans les nappes phréatiques. Jusqu’à 70 % du coût des travaux est supporté par les agences de l’eau dont les fonds proviennent des usagers. Pour la Sèvre-Niortaise, l’investissement est de 60 millions pour le stockage de 5,5 millions de m3 d’eau alors qu’il existe déjà un stockage de 2 millions de m3.

Les opposants au projet mettent en avant l’évaporation en été de 20 à 60 % de l’eau stockée. Le développement de bactéries peut aussi la rendre impropre en cas d’ensoleillement trop important. Plus fondamentalement, ces bassines sont censées permettre de continuer à irriguer malgré le réchauffement climatique et les sécheresses. Or la ressource en eau a baissé de 14 % depuis les années 1990. Une partie des scientifiques s’élèvent contre cette fuite en avant favorisant des solutions temporaires au lieu d’anticiper les modifications du climat et de limiter leurs conséquences.

Comment trouver un équilibre entre la nécessité d’irriguer et des choix de cultures moins consommatrices d’eau ? Qui doit en décider ? Les arbitrages actuels se font en réalité en fonction du rapport de force entre les différents usagers de l’eau. Les grandes exploitations de céréales ou de maïs, très consommatrices d’eau au pire moment, ont, avec leurs clients, un poids suffisant pour obtenir des pouvoirs publics les décisions voulues. Loin de tenir compte des besoins différents des activités humaines, c’est la loi des plus riches qui l’emporte.

Inès Rabah