Medef-syndicats : ils partagent les mêmes craintes

09 Novembre 2022

À la demande du gouvernement, mardi 8 novembre, les organisations patronales et les confédérations syndicales se sont rencontrées pour discuter des « dispositifs de partage de la valeur pour les salariés ».

Quelques jours auparavant, Macron avait défendu l’idée d’un « dividende du salarié » en expliquant que « quand il y a une augmentation du dividende chez les actionnaires, il doit y avoir la même chose pour les salariés ». En réalité, voyant l’envol des prix, le grand patronat et le gouvernement cherchent à désamorcer un mécontentement dont ils craignent qu’il éclate un jour ou l’autre.

Même si les récentes journées d’actions syndicales, à l’appel de la CGT notamment, n’ont pas eu grand succès, il y a en permanence, dans des entreprises petites ou grandes ou parfois juste dans un atelier, des mouvements de grève ou des débrayages pour des augmentations de salaires. Et puis, il y a ce qui se passe dans les consciences des travailleurs, même si cela ne se manifeste pas pour l’instant.

Lorsque la grève dans les raffineries a été au plus fort, que le carburant manquait partout dans le pays et qu’il fallait faire des heures de queue pour faire le plein, dans bien des familles ouvrières la grève a fait discuter, et pas seulement du point de vue des pénuries d’essence. Beaucoup ont discuté des bénéfices de Total et aussi des hausses de salaires qui seraient nécessaires pour faire face à l’inflation. Le camp patronal le sait, qui peut le mesurer dans les entreprises, et les directions syndicales qui ont des centaines de milliers d’adhérents également.

Le gouvernement a demandé à ce que ces négociations aboutissent avant le 31 janvier. Il veut avoir assez vite quelque chose à présenter à l’opinion publique prouvant qu’il agit pour le pouvoir d’achat. D’autant plus que les ristournes gouvernementales sur le carburant vont disparaître dès le 15 novembre et que les tarifs réglementés du gaz et de l’électricité vont augmenter de 15 % dès le début de l’année 2023.

Il n’y a aucun doute sur ce qui pourrait sortir de cette réunion au sommet entre grand patronat et syndicats pour les travailleurs : rien d’autre que de la poudre aux yeux. Dans le document que le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a transmis pour la préparer, il parle d’une « prime de partage de la valeur » ou encore d’«épargne salariale »… Cette réunion montre surtout que le grand patronat et le gouvernement marchent sur des œufs. Leur politique est de faire payer la crise aux travailleurs par l’inflation et, dans les entreprises, par les réductions d’effectifs, le chômage partiel et en même temps l’accroissement des cadences, etc.

Mais ils craignent aussi qu’une mesure trop provocatrice ne fasse exploser le mécontentement. Ils voudraient donc démontrer qu’ils font ce qu’ils peuvent pour tenir compte des intérêts de chacun. Les directions syndicales se prêtent au jeu, tentant de démontrer, elles aussi, qu’elles font ce qu’elles peuvent pour défendre les intérêts des salariés. En réalité, toutes, même la direction de la CGT qui prétend y être la plus attentive, veulent prévenir une explosion sociale qui les déborderait.

Les travailleurs n’ont rien à attendre de telles réunions. Quant à une explosion du mécontentement, rien ne permet de prédire quand elle se produira. En revanche, le camp ouvrier doit s’y préparer pour ne pas se faire éternellement tromper, à commencer par discuter des revendications vitales à mettre en avant dans la crise actuelle. Non seulement il faut des augmentations substantielles de salaires pour tous, et non se contenter de primes, mais il faut imposer que tous les salaires soient indexés sur les prix, de manière que chaque mois les hausses de salaires compensent réellement l’augmentation du coût de la vie.

Pierre ROYAN