Iran : la répression n’arrête pas la révolte

09 Novembre 2022

Démarrée il y a presque deux mois, la contestation du régime iranien des ayatollahs ne faiblit pas. La jeunesse est le fer de lance de cette révolte.

Des jeunes filles refusent de porter le voile dans les écoles. Des lycéens défient les autorités, dans les établissements scolaires ou dans la rue. Des étudiants ont occupé leurs universités dans plusieurs villes du pays. Des jeunes de 12, 13, 14 ans sont arrêtés et parfois tués. Selon l’association Iran Human Rights, 35 des 270 victimes qu’elle a identifiées au 28 octobre – le nombre de tués est bien supérieur – avaient moins de 18 ans.

Dans le silence complice des dirigeants occidentaux, toujours inquiets quand les opprimés se révoltent, les dirigeants de la République islamique font donner les multiples organes de répression dont ils disposent, police, milice des Bassijis, troupes des Pasdarans. Les manifestants sont arrêtés, maltraités et torturés dans des prisons surpeuplées, comme celle d’Evin à Téhéran. Les juges condamnent à des années de prison et à recevoir des dizaines de coups de fouet. Les députés du Parlement, dont les candidatures avaient été validées par ­l’ayatollah Khamenei, viennent de réclamer la peine de mort pour les manifestants arrêtés, traités d’agents de Daesh et de l’Arabie saoudite.

La révolte n’en continue pas moins. Les manifestations de masse dans les grandes villes étant immédiatement dispersées par les tirs de la police, la contestation prend d’autres formes. Des mollahs sont agressés dans la rue, leur turban jeté au sol. Des femmes sortent tête nue, tiennent tête à ceux qui les agressent et sont souvent arrêtées par la police des mœurs, sous les protestations des témoins. Des manifestations improvisées, des occupations éphémères de bâtiments officiels, des attaques contre les locaux de la police sont organisées presque chaque jour dans les grandes villes. Ces actions se terminent par des charges policières meurtrières, des exécutions en pleine rue et des arrestations massives. Mais des femmes et des hommes trouvent le courage de recommencer les jours suivants.

À l’occasion de la cérémonie de deuil du 40° jour, le 27 octobre, des milliers de personnes ont convergé vers la tombe de Mahsa Amini, dont la mort a déclenché la révolte, à Saqqez au Kurdistan iranien. Deux jours plus tard, dans une autre région, le Lorestan, des manifestants bravaient la police pour se rassembler sur la tombe de Nika Shahkarami, 16 ans, tuée en septembre. À chaque fois les manifestants ont lancé : « Pour chaque personne que vous tuez, mille autres se lèveront. »

Contrairement à de précédentes révoltes parties de la jeunesse ou de la ­petite bourgeoisie urbaine, le régime des ayatollahs ne parvient pas à organiser des contre-manifestations pro-régime qui mobiliseraient une fraction des classes populaires. Celles-ci subissent durement l’inflation qui dépasse les 80 % pour de nombreux produits courants, les pénuries multiples, allant des médicaments jusqu’aux œufs, les salaires non payés. Ces privations contrastent avec le train de vie des dignitaires du régime, qui prêchent l’austérité mais vivent dans l’opulence et la corruption. Elles avaient déclenché les révoltes populaires de 2018 et 2019 contre la vie chère, à chaque fois arrêtées par la répression.

Dans la révolte actuelle, des travailleurs, en particulier ceux du secteur pétrolier, ont fait des journées de grève en solidarité avec la jeunesse. De nombreux travailleurs ont lutté ces dernières années pour leurs salaires et leurs conditions de travail, apprenant à s’organiser eux-mêmes pour contourner la dictature. Si la classe ouvrière iranienne et les millions d’exploités des villes et des campagnes décidaient de rejoindre la révolte de la jeunesse contre le régime, tous les espoirs seraient permis en Iran, et même au-delà.

Xavier LACHAU