Abus sexuels dans l’Église : des siècles de silence

09 Novembre 2022

Un porte-parole de l’Église catholique a révélé lundi 7 novembre que onze évêques étaient mis en cause pour violence sexuelle ou non dénonciation de violence sexuelle.

Cela corrobore le rapport de 2021 qui documentait plus de 200 000 cas de pédo- criminalité dans l’Église de France depuis les années 1950.

L’hypocrisie générale, répétée et constante de l’institution, est aujourd’hui soulignée par le grade des mis en cause, les évêques étant les officiers supérieurs de l’Église. L’un d’eux, cardinal qui plus est, était même membre de la commission chargée de réprimer les abus sexuels de ses confrères. Les responsables catholiques actuels, y compris le pape de Rome, ont réaffirmé leur condamnation, c’est bien le moins. À force de scandales répétés et révélés ces dernières années, l’Église a dû renoncer, au moins en paroles, à laver son linge sale en famille. Les curés seraient désormais tenus par leur hiérarchie de déférer à la justice civile leurs collègues dangereux. Jusque-là, en cas de scandale menaçant, au mépris des lois ordinaires et avec le plus grand dédain pour les victimes, les évêques se contentaient de déplacer ou de mettre en retraite les prêtres suspects. Et rien ne devait sortir des sacristies et des collèges catholiques.

Avec cette nouvelle affaire, la maltraitance sexuelle au sein de l’Église apparaît de plus en plus comme un comportement fréquent, connu de la hiérarchie et toléré de fait. Cela n’empêche pas cette institution de donner son avis sur le droit des femmes à disposer de leur corps, celui des homosexuels de vivre comme ils l’entendent, sur le mariage, le divorce, les films à voir, les livres à ne pas lire, la façon dont on doit éduquer les enfants et celle de passer de vie à trépas. Et, surtout, cela n’empêche pas les gouvernements, l’État et les médias de quémander cet avis, de le valoriser et de prétendre en tenir le plus grand compte. Quand, il y a peu, Macron s’est rendu à Rome puis a rendu visite au pape, on a appris qu’il le tutoyait et que son épouse prie tous les jours pour la santé de sa sainteté.

L’Église d’aujourd’hui condamne ses pédophiles, mais elle assume un passé fait de massacres, de bûchers, d’ignorance obligatoire, de relégation des femmes et, toujours, de soutien aux puissants et à leurs armes. Un appareil aussi vermoulu que l’Église catholique survit parce que cette société ne néglige aucune béquille, aucun conformisme, aucune vieillerie réactionnaire. Ni les vies brisées des enfants confiés aux curés abuseurs, ni la lutte contre tout progrès, ni la propagation de superstitions lamentables, ni même le fait de constituer un appareil au-dessus des lois n’y feront rien.

Paul GALOIS