Prisons : surpopulation catastrophique

02 Novembre 2022

D’après les statistiques du ministère de la Justice, 72 350 personnes se trouvaient incarcérées au 1er octobre, 680 de plus que le mois précédent. C’est plus de 3 000 prisonniers supplémentaires en un an. Et cette progression continue, à un rythme approchant les 200 de plus par semaine.

Le résultat est une surpopulation insupportable pour les détenus, et ingérable pour le personnel vu les incidents voire les affrontements que cette situation ne peut manquer de susciter.

La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté dénonce l’augmenta­tion du nombre des ­matelas, plus de 2 000, ajoutés dans des cellules théoriquement faites pour deux détenus. Trois dans une cellule, cela veut dire l’obligation de rouler son matelas chaque matin, un espace vital de 0,8 m² pour chacun. C’est aussi la nécessité pour celui qui dort par terre de se boucher les narines et les oreilles car, ainsi couchés, au sol, les détenus aspirent les petits cafards en même temps que la poussière.

Comment avoir une hygiène correcte dans ces prisons souvent vétustes ? Comment garder ou retrouver un peu de dignité ? Comment disposer de lieux et d’encadrement suffisant pour la réinsertion, ce sujet classique qui n’est suivi d’aucune ­réalité ? La densité carcérale atteint jusqu’à 200 % dans certains établissements, comme à Bordeaux, et plus de 140 % dans les maisons d’arrêt, où sont incarcérés les détenus pas encore jugés et ceux condamnés à de courtes peines.

La densité n’a baissé qu’au début de la pandémie : par peur d’une extension catastrophique du Covid en milieu clos, le gouvernement avait alors fait libérer de manière anticipée plus de 6 000 prisonniers en fin de peine, sans d’ailleurs que cela pose problème.

Depuis, par manque de moyens pour contrôler les condamnés à des peines alternatives, par peur d’être accusés de laxisme, sous la pression de l’extrême droite, juges et gouvernement continuent à privilégier l’incarcération. Chaque nouvelle prison est aussitôt remplie.

Régulièrement condamné par la Cour européenne des droits de l’homme, le gouvernement promet une amélioration pour 2027, 150 ans après la loi de 1875 imposant l’encellulement individuel. Mais qui peut y croire ?

Sylvie MARÉCHAL