Brésil : Bolsonaro s’en va, la crise reste

02 Novembre 2022

Le deuxième tour de la présidentielle brésilienne le 30 octobre a donné la victoire à Lula : 50,9 %, contre 49,1 % à Bolsonaro. Cet écart représente un peu plus de 2 millions de voix.

Au premier tour, 6 millions de voix séparaient les deux candidats. Le nombre d’abstentions étant resté stable, Bolsonaro a donc beaucoup plus progressé que Lula.

Bolsonaro a finalement déclaré qu’il respecterait la Constitution. Quoi qu’il en soit, cette élection a montré une division profonde dans l’opinion, ainsi qu’une perte des repères dans les milieux populaires qui jusqu’ici opposaient gauche et droite.

Bolsonaro ne fait pas l’unanimité chez les bourgeois puisqu’on a vu l’équivalent brésilien du Medef et le syndicat des banquiers faire campagne contre lui. Mais ce représentant de l’extrême droite raciste et anti­ouvrière a gagné des appuis solides dans les classes populaires.

Lula déclare maintenant : « Ce pays a besoin de paix et d’unité. » Ou encore : « Il n’y a pas deux Brésil : nous sommes un seul peuple, une seule nation. » L’ancien métallo, le syndicaliste qui luttait contre la dictature, le président de 2003 à 2010, a connu l’adversité, les accusations, les condamnations, la prison. Il en est certes sorti vainqueur et a remporté un troisième mandat. Mais le pays qu’il va gouverner à partir de janvier prochain a changé et l’affrontement politique dont les élections ont été le théâtre resurgira sous d’autres formes.

Les élus de droite ou d’extrême droite sont probablement pour le moment prêts à s’entendre avec Lula. Il a déjà gouverné huit ans en s’appuyant largement sur des sénateurs et des députés de droite et en collaborant avec des gouverneurs d’États de droite. Une partie de ces élus sont en train de tourner casaque, tel le président de la Chambre des députés, pourtant allié de Bolsonaro. En 2002 déjà son vice-président était un notable du Parti libéral, le parti qui cette année a présenté Bolsonaro. De même le vice-président qui vient d’être élu avec Lula est un des principaux chefs de la droite, deux fois gouverneur de Sao Paulo et en 2006 candidat contre lui.

Sans doute, pour le moment au moins, Lula n’a rien à craindre non plus des dirigeants des grandes puissances, avec lesquels il voudrait entretenir de bonnes relations. Biden, Macron et Poutine lui-même l’ont félicité. Quand il promet de mettre fin à la déforestation de l’Amazonie, c’est autant pour leur complaire que pour faire plaisir aux courants écologistes.

Les vrais grands problèmes qu’aura à affronter Lula sont les conséquences de la crise économique mondiale, la récession, le recul du commerce et des exportations. Malgré cette crise, la bourgeoisie exige le maintien de ses profits, contre les travailleurs qui luttent pour empêcher la dégradation de leurs conditions de vie.

En écho à son programme Faim zéro de 2003, Lula a annoncé qu’il allait en finir avec la faim qui frappe 33 millions de Brésiliens et parle de créer des emplois. Mais il y a vingt ans, lors de son premier mandat, les perspectives économiques étaient bonnes pour le Brésil, dont les exportations battaient des records. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et cela a tout d’une promesse en l’air, alors que Lula n’a même pas dit qu’il allait revenir sur la réforme des retraites que Bolsonaro a imposée il y a trois ans.

Cela doit être pour les travailleurs un des signes que, dans la crise, Lula ne sera pas de leur côté, et qu’il ne les protégera pas non plus de l’armée et de l’extrême droite, qui se sont renforcées et se tiennent en embuscade.

Vincent GELAS