49.3 et motions de censure : cinéma au Palais Bourbon

02 Novembre 2022

Lundi 31 octobre, la Première ministre a utilisé pour la troisième fois l’article 49.3 afin d’imposer un volet de son budget. Pour la troisième fois les amendements que les oppositions, éventuellement unies, avaient votés ont été annulés, le débat interrompu, le budget adopté sans vote.

Pour la troisième fois aussi LFI, le parti de Mélenchon, a proposé une motion de censure. Malgré l’appui des députés du RN de Marine Le Pen, chacun sait que la motion ne sera pas adoptée et que le gouvernement Borne et sa politique resteront en place.

Jean-Luc Mélenchon, prévoyant que le même scénario va se répéter à quatorze reprises, s’explique ainsi sur la stratégie d’opposition du groupe LFI. Tout d’abord, il se félicite du fait que des amendements proposés par ses députés ou leurs alliés aient recueilli une majorité, même si le gouvernement finit par les rejeter du seul fait du 49.3. Par exemple, la proposition d’une rallonge de 12,5 milliards d’euros du budget de la rénovation thermique des logements, adoptée par la gauche, quelques voix de droite et le RN, n’a existé que le temps qu’Élisabeth Borne arrive avec son 49.3.

Ces 12,5 milliards d’euros seraient bien insuffisants pour rénover les millions de logements passoires. En fait, ce chiffre n’est pas avancé en fonction des besoins réels du logement populaire, mais pour les besoins politiques de LFI à l’Assemblée, c’est-à-dire sa volonté de présenter des amendements consensuels, acceptables par les autres partis d’opposition. Les députés de LFI ne parlent pas à leurs électeurs, encore moins aux travailleurs : ils s’adressent à leur « chers collègues », pour mettre en particulier les députés LR au pied du mur, les inciter à voter la même motion de censure, tout en sachant fort bien qu’ils ne le feront pas.

Depuis toujours, des députés élus avec les suffrages populaires ont prétendu remplacer la lutte consciente des travailleurs par les combines parlementaires. Leur manque prévisible de résultats ne les empêche pas d’être gonflés de leur propre importance et de se croire le centre du monde. Les révolutionnaires du 19e siècle appelaient cela, déjà, le crétinisme parlementaire.

Paul GALOIS