Union européenne : pas de soudure au gaz

26 Octobre 2022

Confrontés à la flambée des prix du gaz et de l’électricité, les dirigeants de l’UE multiplient les rencontres pour trouver « une réponse commune européenne », tandis que chaque pays sort son carnet de chèques pour soutenir ses propres industriels.

Si la flambée des prix du gaz et de l’électricité sur le marché européen, multipliés par 10 et 20 en six mois, fait le bonheur de quelques géants du secteur de l’énergie, elle menace les affaires des industriels petits et grands de toute l’Europe. Cela explique la fébrilité de tous les gouvernements européens et des dirigeants de l’UE.

Le sommet de l’UE des 21 et 22 octobre a accouché d’une déclaration de principe pour instaurer un mécanisme de plafonnement du prix du gaz destiné à produire de l’électricité et « un corridor de prix » – une sorte d’évolution contrôlée – sur le marché européen du gaz. L’UE envisage aussi l’achat en commun de stocks de gaz, qu’elle revendrait ensuite aux pays membres qui peinent à se fournir. Après avoir volontairement dérégulé le marché du gaz et de l’électricité, en généralisant la concurrence à la place des monopoles publics qui existaient jusqu’aux années 2000, l’UE essaie aujourd’hui de rétablir une certaine régulation.

Mais toutes ces mesures restent virtuelles, car plusieurs pays, et avant tout l’Allemagne, s’y opposent. Chaque crise met en évidence les intérêts contradictoires des capitalistes de chaque pays membre de l’UE, et débouche sur des affrontements quand les crises s’approfondissent. L’Allemagne, pays le plus industrialisé, le plus dépendant au gaz et le plus riche de toute l’Europe, est prête à payer son approvisionnement au prix fort. Les capitalistes allemands redoutent qu’un mécanisme de plafonnement du prix n’encourage la consommation et ne limite leur propre approvisionnement. Le chancelier Olaf Scholtz, qui défend leurs intérêts, a débloqué début octobre 200 milliards d’euros sur deux ans. Cette somme va servir à subventionner les industriels en instaurant un bouclier énergétique et, accessoirement, à réduire la facture énergétique de la population. Les autres pays de l’UE, plus pauvres ou plus endettés, dont l’Espagne, l’Italie et la France, ne peuvent pas suivre à ce niveau et crient à la distorsion de concurrence. Ils réclament un mécanisme commun de plafonnement, au nom de la solidarité européenne.

Mais la solidarité n’existe pas dans une économie où règne la concurrence entre groupes capitalistes rivaux. Ces divergences autour de l’énergie ont provoqué l’annulation d’un Conseil des ministres franco-allemand. Quant aux travailleurs, leurs intérêts n’ont rien de commun avec ceux des industriels du pays où ils vivent. Quel que soit le résultat des tractations entre les chefs d’État et du bras de fer entre capitalistes européens, c’est à eux qu’on présentera la facture, sous forme d’une nouvelle dette, de l’inflation qui s’envole, ou de l’aggravation de l’exploitation au nom de la compétitivité.

Xavier LACHAU