Soudan : contre la dictature, pour les droits des femmes

26 Octobre 2022

Amal, une femme de 20 ans, soupçonnée d’adultère, a été condamnée par un tribunal soudanais à être lapidée. Ce châtiment barbare et monstrueux, en application de la charia, avait été inscrit dans le Code pénal soudanais sous le régime islamiste du dictateur Omar el-Bechir en 1991.

La peine n’avait pas été prononcée depuis neuf ans et ce verdict traduit le retour en force des partisans du dictateur déchu.

Les femmes se trouvaient au premier rang des manifestations qui avaient renversé Omar el-Bechir en avril 2019. Le programme des Forces pour la liberté et le changement, qui entendaient représenter le mouvement, prévoyait une certaine libéralisation de leur sort. Dans un premier temps, quelques lois avançant timidement dans ce sens furent prises. Cela n’allait pas plus loin que le droit de porter un pantalon ou de danser avec les hommes, mais les dirigeants du mouvement laissaient entendre que ce n’était qu’un début. Ils partageaient alors le gouvernement avec les chefs de l’armée, faisant oublier que, derrière cette façade, les militaires gardaient le pouvoir réel entre leurs mains. Le 25 octobre 2021, lorsque ceux-ci mirent fin à la comédie et jetèrent en prison les ministres de la veille, il en fut alors du droit des femmes comme du reste : on revint vers la dictature précédente.

Depuis cette date, les chefs de l’armée au pouvoir s’appuient sur les cadres intégristes du régime d’Omar el-Bechir pour s’opposer au mouvement populaire. Ils les ont tirés de prison et leur ont permis de reprendre leur place dans l’appareil judiciaire et répressif.

Aujourd’hui, une nouvelle police des mœurs sévit à nouveau et les femmes peuplent les prisons, arrêtées et jugées sous prétexte d’atteinte à l’ordre moral, condamnées parfois à des peines monstrueuses, comme celle qui frappe Amal.

Mais, comme sous Omar el-Bechir, les femmes sont aussi à la tête du combat, dans les comités de résistance populaire qui continuent à animer la lutte et organisent les manifestations pour marquer le premier anniversaire du coup d’État et exiger le départ des militaires.

Daniel MESCLA