Budget de la Sécurité sociale : tout pour les patrons

26 Octobre 2022

Le recours au 49.3 pour faire adopter le budget de la Sécurité sociale jeudi 20 octobre a occulté les attaques contre les travailleurs qu’il contient.

Le premier projet prévoyait ainsi de mettre en concurrence les laboratoires pharmaceutiques sur un même médicament, de n’en retenir que les moins chers et de dérembourser les autres. Mais la levée de boucliers de l’industrie du médicament a fait immédiatement enterrer cette idée. Et, en gage de bonne volonté, le ministre de la Santé François Braun a même promis de revoir à la baisse un impôt sur la vente des médicaments remboursés.

À l’inverse, les attaques pleuvent contre les travailleurs. Ainsi le gouvernement prévoit 1,1 milliard d’économies sur le remboursement des médicaments, c’est-à-dire sur les malades les moins fortunés.

Après avoir vanté la télé­consultation, le gouvernement, qui a déjà cessé en octobre de la rembourser à 100 %, refuse maintenant d’indemniser les arrêts maladie pris en téléconsultation s’il ne s’agit pas du médecin traitant ou d’un médecin déjà vu dans l’année. Et de ressortir le mythe de la fraude aux arrêts maladie. Mais nombre de personnes n’ont pas de médecin traitant, ne consultent que gravement malades et ont recours à la téléconsultation faute de mieux. Alors, c’est encore une manière de faire pression sur les salariés pour qu’ils ne s’arrêtent pas.

Parallèlement, le texte s’attaque aux travailleurs de l’hôpital en interdisant l’intérim aux jeunes diplômés, et ce pendant une durée qui sera fixée prochainement par décret. Nombre d’infirmiers ou d’aides-soignants pratiquent l’intérim pour se qualifier en explorant plusieurs services et aussi pour augmenter leur salaire. Pour beaucoup de soignants, c’est aussi un remède pour fuir certains services où la charge de travail est trop lourde.

Finalement, un amendement au budget stipule que les prestations sociales hors retraite ne pourraient plus être versées sur un compte non européen, prétendument pour lutter contre la fraude aux allocations. C’est une manière hypocrite de désigner les immigrés comme les fraudeurs et en tout cas leur compliquer la vie.

Ainsi, ce budget se résume à des cadeaux pour les patrons, un nouveau coup de rabot aux droits des ­assurés et à l’habituel ­ramassis de préjugés contre les travailleurs, particulièrement s’ils sont sans emploi ou immigrés.

Aline URBAIN