Sin-le-Noble : feu et eau au quartier des Épis

19 Octobre 2022

Le quartier des Épis de Sin-le-Noble, dans le Nord, est un « quartier sensible » selon la police. C’est d’abord un quartier pauvre, où les habitants se sentent abandonnés, surtout aux Couronnes, des bâtiments promis à la destruction dans les dix ans à venir par le bailleur social Norévie, mais où vivent encore plus de 400 familles.

Le 15 septembre, une mère et son enfant de 10 mois mouraient dans l’incendie de leur appartement. Le père est mort peu après à l’hôpital. Cette famille guinéenne venait de recevoir le permis de séjour qu’elle attendait dans l’angoisse depuis plus d’un an. Une « marche blanche » a rassemblé plus de 300 locataires, de toutes les couleurs et origines. Recueillement et silence étaient la règle imposée par les organisateurs, mais tous parlaient des problèmes qui s’accumulent. Selon les enquêteurs, une trottinette en charge toute la nuit était la cause de l’incendie. Mais est-ce que cela peut se produire quand l’électricité est aux normes ? Pourquoi n’y avait-il pas d’extincteur sur les paliers ?

Et aussi, pourquoi rien n’est fait contre les cafards, contre les rats, contre les moisissures ? Enfin, ceux qui se sont battus en 2020 et 2021 contre les factures d’eau et de chauffage rappelaient le mépris de Norévie. Pour une température de moins de 18° dans les appartements, des ménages vivant avec le RSA ou en activité partielle recevaient des factures de régularisation annuelle d’eau et de chauffage de 1 500 euros ! Et Norévie prévient déjà que cela va continuer.

Pourtant, malgré de nombreuses protestations, Norévie n’a jamais voulu vérifier les consommations, soi-disant contrôlées par ordinateur, ni rendre des comptes sur les fuites d’eau. À l’époque, plusieurs locataires qui ne pouvaient pas payer avaient fini par partir sans laisser d’adresse.

Cette fois, tout le monde est conscient que Norévie ne fera aucun frais pour des bâtiments condamnés à disparaitre. « Ici, on est tous des pauvres, et les pauvres, ils s’en foutent ! », dit un locataire, et un autre : « Pour se faire respecter, il faut tous s’y mettre ! » Et en ­effet, c’est la rage de tous qui pourrait obliger le bailleur dit social à respecter ses locataires.

Correspondant LO