Lait : les trusts gardent la crème

19 Octobre 2022

Lactalis a signé un accord avec les éleveurs pour leur acheter leur production de lait à 490 euros les 1 000 litres au quatrième trimestre 2022, une hausse de 32 % par rapport à 2021.

On se doute bien que ce trust, numéro un mondial du lait, qui possède 266 usines dans 51 pays, n’agit pas par pure philanthropie, pour venir au secours des éleveurs qu’il réduisait, il y a peu, à la portion congrue. En 2021 le litre de lait acheté 36 centimes par les trusts en avait coûté 40 aux éleveurs pour le produire.

Les éleveurs vont donc, pour une fois, voir leur travail rémunéré un peu au-dessus des coûts de production, sans illusion sur l’avenir et avec la perspective de voir ces coûts augmenter, de 20 à 25 % en 2023, selon le président de la Coopération laitière regroupant l’ensemble des coopératives.

Car les grands gagnants sont évidemment les trusts du lait, et pas les producteurs. Crise du fourrage en raison de la sécheresse, vente du lait à perte dans les années précédentes, tout a contribué à la disparition des exploitations les moins solides ou à la reconversion de celles qui pouvaient vendre une part de leur cheptel pour passer de l’élevage à des cultures comme celle des céréales, plus rentables pour le moment.

Résultat : Lactalis, com­me Nestlé ou Danone, profite de la situation de relative pénurie de la production laitière, au niveau ­mondial. Dans l’immédiat, pour mieux conforter ses sources d’approvisionnement au détriment de certains concurrents, il cède un peu aux producteurs, quitte à leur imposer un autre contrat, à la baisse, quand il jugera que la situation a changé.

Au bout de la chaîne, payant aussi leur dîme à la grande distribution, les consommateurs subissent la hausse des prix du lait, du beurre, qui a plus que doublé au niveau mondial, de la poudre de lait, qui a pris 40 % de hausse en un an. Tout cela se transforme en espèces sonnantes et trébuchantes, dans un circuit incontrôlable par ceux qui produisent comme par ceux qui consomment, où les besoins de la population de se nourrir bien et à bon marché ne pèsent pas lourd.

Sylvie MARÉCHAL