Niger : non à la présence des troupes françaises !

21 Septembre 2022

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté dimanche 18 septembre à Niamey, la capitale du Niger, contre la présence des troupes françaises, l’augmentation du coût de la vie et la corruption des dirigeants.

Cette manifestation avait été appelée par le mouvement M62, créé le 3 août dernier par une quinzaine d’organisations, parmi lesquelles des associations de défense des droits de l’homme et des syndicats, en vue de s’opposer à la présence militaire française. Le M62 entend constituer une « Union sacrée pour la sauvegarde de la souveraineté et de la dignité du peuple ».

Après avoir été chassé du Mali, le contingent français s’est replié au Niger. Ce pays est désormais au cœur du nouveau dispositif prévu par Macron pour maintenir les troupes françaises au Sahel, mais la population a depuis longtemps montré qu’elles n’y étaient pas les bienvenues. Le 27 novembre 2021, un convoi militaire français en provenance du Mali avait été bloqué par les habitants dans la ville de Téra. Aidés des forces de police locales, les militaires français avaient forcé le passage, au prix de trois morts et 18 blessés parmi les manifestants.

Le 18 septembre, à Niamey, les manifestants brandissaient des pancartes « Dégage l’armée française criminelle » et « L’armée coloniale doit partir ». On y entendait aussi des slogans « Vive Poutine et la Russie », en référence aux mercenaires du groupe Wagner qui ont remplacé les troupes françaises au Mali. Les pratiques de ces mercenaires sont tout aussi criminelles, mais cela témoigne probablement de la profondeur du rejet de la présence des troupes françaises.

Les manifestants protestaient également contre la cherté de la vie. Le 1er août, le gouvernement a augmenté de 24 % les prix du gas-oil à la pompe. Il s’en est suivi une flambée des prix des produits alimentaires de base, riz, huile, sucre, farine, blé ou lait. Ces hausses de prix sont insupportables dans un pays où la population n’arrivait déjà plus à se nourrir. Elles sont ressenties d’autant plus durement que, à côté, les caisses de l’État sont pillées par une poignée de dignitaires, devenus multimilliardaires pour avoir favorisé le pillage des ressources du pays par l’impérialisme français, notamment l’uranium. Le M62 réclame la traduction en justice de l’ancien président Mahamadou Issoufou, exigeant qu’il rende des comptes pour le marché opaque conclu avec Bolloré pour la construction, aujourd’hui abandonnée, d’un chemin de fer, qui a coûté des centaines de millions d’euros aux contribuables nigériens.

Au Niger, comme dans tout le Sahel, l’armée française a largement eu le temps de montrer qu’elle n’était d’aucun secours contre le terrorisme. Elle a par contre prouvé qu’elle était là pour défendre les intérêts des trusts français, et la population ne s’y trompe pas.

Daniel MESCLA