Pizzas Buitoni-Nestlé : bactéries, prix et profits

14 Septembre 2022

Dans une enquête diffusée le 10 septembre sur France Inter, des travailleurs ont décrit comment les méthodes utilisées par Nestlé dans son usine de production de pizzas Buitoni à Caudry, dans le Nord, pour accroître la rentabilité, ont pu conduire à l’intoxication, en mars dernier, de plusieurs dizaines de victimes et ont provoqué la mort de deux enfants.

En 2012, Nestlé a mis en place dans cette entreprise la méthode Lean (maigre en anglais), terme employé dans les milieux patronaux pour désigner un ensemble de techniques pour accroître la rentabilité, et appliquées aussi bien dans l’industrie automobile ou pharmaceutique que dans les hôpitaux. En l’occurrence, elle a consisté à réduire tous les temps qui ne sont pas consacrés directement à la production, autrement dit les temps de nettoyage et de maintenance préventive. Elle a été inscrite trois ans plus tard dans un plan dit de compétitivité. Alors que l’usine fonctionnait avec 16 heures de production et 8 heures de nettoyage, le temps de production a grimpé à 27 heures en trois équipes de 9 heures tandis que le nettoyage tombait à moins de 5 heures, à la charge des travailleurs de l’usine et non plus de ceux d’une entreprise extérieure. Il n’était plus possible de nettoyer les espaces, murs et plafonds entourant la ligne de production et les machines. Et le nettoyage général durant la fermeture de l’usine au mois d’août a été supprimé pour que l’usine tourne avec seulement une semaine d’arrêt.

Dans l’atelier de boulangerie où est fabriquée la pâte des pizzas incriminées, les gaines de climatisation qui n’étaient plus nettoyées se sont bouchées, si bien que pendant les fortes chaleurs, la température a pu monter bien au-dessus du maximum requis pour limiter le développement des bactéries. Quant aux quatre silos géants qui stockent chacun 25 tonnes de farine, ils n’ont, semble-t-il, pas été nettoyés depuis 2015. Enfin, depuis 2021, la farine utilisée a changé, ne présentant pas les mêmes garanties bactériologiques que celle utilisée précédemment.

En cherchant à maximiser ses profits, l’entreprise a réduit sciemment la sécurité sanitaire des installations. Après que cette politique a fait des victimes, les travailleurs ont pu la dénoncer publiquement. Imposer qu’ils puissent le faire à tout moment, sans craindre d’être licenciés, serait la seule façon d’empêcher que de tels scandales se reproduisent.

Jean SANDAY