Prisons : parler de réinsertion… sans rien faire

07 Septembre 2022

Jeudi 1er septembre, le ministre de la Justice Dupont-Moretti a réuni une vingtaine de représentants de grandes sociétés, dont L’Oréal et Hermès, pour les inciter à recourir à la main-d’œuvre carcérale à l’aide du contrat d’emploi pénitentiaire (CEP) voté au printemps.

La réunion aurait été prévue depuis longtemps mais la large publicité qui lui a été faite vise probablement à donner l’image d’un ministre qui reprend la main après la polémique déclenchée 15 jours auparavant suite à une séance de karting à la prison de Fresnes.

Moins d’un prisonnier sur trois exerce un emploi, en général pour l’administration pénitentiaire. Il y a vingt ans, c’était le cas de la moitié d’entre eux, mais les destructions d’emplois dans les secteurs de la fabrication textile, de meubles ou le conditionnement ont considérablement diminué le recours au travail des prisonniers.

Comme dans le reste de la société, avoir de l’argent est pourtant indispensable en prison, où bien des choses sont payantes : 14 euros par mois pour une télévision, environ 100 euros pour 20 minutes d’appels quotidiens... Au-delà des maigres ressources financières apportées par un emploi, celui-ci permet aussi de limiter l’isolement et d’atténuer la difficulté de la réinsertion, après avoir purgé sa peine.

Le CEP, instauré pour appâter les employeurs, leur propose sur un plateau des travailleurs aux droits et aux salaires réduits : la prison gère le recrutement, la paie, et met gratuitement à disposition les espaces de travail nécessaires. À 4,88 euros de l’heure, le salaire minimum équivaut à moins de la moitié du smic, et des exonérations de cotisations patronales sont prévues. Il est vrai que l’administration, elle, se réserve le droit de verser des salaires inférieurs à 3 euros de l’heure. Enfin, pour les travailleurs incarcérés, il n’existe ni arrêt maladie, ni droit aux congés, ni indemnisation pour chômage technique.

Ce CEP n’intéresse pas beaucoup les patrons et semble surtout destiné à permettre au gouvernement de faire croire qu’il se soucie de la réinsertion des prisonniers. Mais la réalité est tout autre : aujourd’hui, plus que jamais, des dizaines de milliers de personnes sont entassées dans des établissements pénitentiaires surpeuplés. Que ces conditions inhumaines transforment les prisons en école du crime, les ministres, Dupont-Moretti comme ses prédécesseurs, s’en moquent totalement.

Sacha Kami