Piscines : la douche froide

07 Septembre 2022

L’entreprise Vert Marine a fermé lundi 5 septembre une trentaine de piscines dont elle a la gestion déléguée par les communes. Sur les 2 000 travailleurs de l’entreprise, 600 devaient être mis en chômage partiel, certains apprenant le dimanche qu’ils ne travailleraient pas le lendemain.

Les délégations de service public (DSP) se sont multipliées ces dernières décennies, l’État permettant ainsi à des entreprises privées de prélever leur part de profit sur des services essentiels à la population, comme la distribution de l’eau ou les transports publics. Vert Marine est spécialisé dans la délégation de gestion, plus récente, des piscines et patinoires. Environ 10 % des 4 000 piscines du pays sont ainsi gérées à travers des DSP.

L’entreprise justifie ces fermetures sans préavis par l’explosion de la facture énergétique. Il s’agit surtout d’un moyen de faire pression sur les pouvoirs publics afin qu’ils mettent la main au portefeuille. La direction de Vert Marine réclame « aux instances locales et gouvernementales (…) les décisions nécessaires et inédites pour revenir à des coûts supportables de l’énergie ».

Cet été, en pleine canicule, la hausse des factures d’énergie avait déjà conduit des piscines, y compris celles gérées directement par les collectivités territoriales, à réduire leurs horaires d’ouverture. Dans des communes populaires, en Seine-Saint-Denis par exemple, les habitants n’avaient droit qu’à des demi-journées d’ouverture.

L’annonce des fermetures pures et simples a fait quelques vagues, la Fédération française de natation réclamant la réouverture immédiate des piscines, tandis que certaines communes menaçaient Vert Marine des tribunaux. Dès le mardi 6 septembre, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a assuré que les piscines municipales ainsi que les piscines gérées par le privé pouvaient bénéficier d’aides de l’État.

Malgré les discours politiciens – assurer l’apprentissage de la natation est censé être l’une des priorités du gouvernement –, le nombre de piscines et les horaires d’ouverture étaient déjà insuffisants pour que les enfants puissent réellement apprendre à nager sur le temps scolaire, les clubs sportifs s’entraîner dans de bonnes conditions et les baigneurs du dimanche pratiquer leur loisir tranquillement. La crise énergétique s’ajoute pour réduire encore plus leurs possibilités d’accès.

Nadia CANTALE