Ouïghours : les larmes bien calculées des dirigeants impérialistes

07 Septembre 2022

Quelque quinze minutes avant la fin de son mandat, la Haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, a fait publier un rapport qui reprend, souvent à demi-mot, les dénonciations de plusieurs organisations internationales de la répression de masse exercée par l’État chinois à l’encontre des Ouïghours, peuple turcophone et de tradition musulmane vivant dans la province du Xinjiang.

Au cours des dernières années, 10 à 20 % de la population ouïghoure adulte auraient été internés par le régime dans de prétendus « centres de formation professionnelle», subissant des mauvais traitements, parfois torturés et soumis à la stérilisation forcée, interdits de parler leur langue ou de pratiquer leur religion et soumis au travail forcé.

Des dirigeants américains et européens se sont dits choqués, se posant en défenseurs des droits de l’homme. Les mêmes sont pourtant bien silencieux face aux atteintes contre ces droits venant d’États alliés, par exemple face aux 400 000 morts causés par la guerre menée au Yémen par l’Arabie saoudite, avec la bénédiction des États-Unis et de la France, ou lorsqu’il s’agit du sort réservé aux Palestiniens par l’État israélien.

Le traitement barbare infligé aux Ouïghours est une réalité et il y a toutes les raisons de le dénoncer. Mais ce que les dirigeants occidentaux reprochent en réalité à l’État chinois, ce ne sont pas ses méthodes dictatoriales ; c’est le fait de s’affranchir un peu de la tutelle de l’impérialisme sur le terrain économique et militaire. Leur défense des Ouïghours est un moyen de masquer leurs véritables objectifs en se présentant abusivement comme des champions de la défense des droits humains.

Quant aux grandes entreprises du prétendu « camp démocratique », elles ont toujours su profiter des régimes dictatoriaux pour faire fructifier leurs affaires, y compris au Xinjiang. Plusieurs rapports publiés en 2020 et 2021 ont désigné des dizaines de grandes entreprises du textile, de l’électronique et de l’automobile (Apple, Nike, Zara, BMW…) bénéficiant de l’exploitation et du travail forcé des Ouïghours. Cela a conduit certaines d’entre elles à jurer qu’aucun de leurs sous-traitants directs n’utilisait le travail forcé ou à promettre qu’elles se refusaient à vendre des produits fabriqués au Xinjiang.

On sait ce que valent les professions de foi humanistes des capitalistes, dont les mensonges sont solidement protégés par le secret des affaires, d’autant que les rapports indiquent l’existence de nombreux transferts de prisonniers vers des usines situées dans d’autres provinces du pays. Quant au Xinjiang, en 2021, il s’y récoltait encore 20 % de la production mondiale de coton, et il est certain qu’une partie sert à la confection des textiles vendus par les capitalistes occidentaux.

Les dirigeants du monde impérialiste se partagent les rôles : il y a ceux qui sont aux manettes des États, capables d’utiliser la question des droits de l’homme quand cela sert leurs manœuvres diplomatiques et militaires ; et il y a ceux, à la tête des grandes entreprises, qui tirent profit de l’exploitation, partout dans le monde, et pour lesquels l’argent n’a pas d’odeur.

Sacha Kami