Irak : l’impasse de la crise politique

07 Septembre 2022

En Irak, à plusieurs reprises depuis fin juillet, des milliers de manifestants sont descendus dans la rue à Bagdad autour de la zone verte, l’enclave très sécurisée créée durant l’occupation américaine qui abrite ambassades et ministères, mais aussi dans les villes du sud du pays.

Deux coalitions chiites sont en concurrence pour le pouvoir : le « Cadre de coordination », qui englobe notamment d’anciens paramilitaires et l’ex-Premier ministre Nouri al-Maliki, d’un côté, et le mouvement conduit par le religieux Moqtada al-Sadr de l’autre. Chacune des parties cherche à mobiliser ses soutiens dans les classes populaires, et ses milices, dans une épreuve de force qui déstabilise encore un peu plus le pays. Pour tenter d’en sortir vainqueur, Moqtada al-Sadr a appelé ses troupes à envahir le Parlement à Bagdad par deux fois le 27 et le 31 juillet. Le 29 août, des affrontements ont fait trente morts et 600 blessés.

Il s’agit d’un énième épisode de la crise politique qui secoue le pays sur fond de détérioration de la situation économique. Celle-ci continue, depuis des années, du fait des guerres successives déclenchées par l’impérialisme américain, de la déstabilisation qu’elles ont entraînée, avec l’émergence de diverses milices, sans oublier la corruption du régime en place. Ceux qui ont quarante ou cinquante ans aujourd’hui ont connu la première guerre du Golfe en 1991, déclenchée par les États-Unis avec le soutien de nombreux pays dont la France, l’embargo qui a suivi, une deuxième guerre en 2003, neuf années d’occupation américaine, puis l’incurie d’un pouvoir fantoche. Et les plus jeunes n’ont connu que les milices et le chômage. Dans le sud du pays, le problème de l’eau entraine une situation dramatique. Des milliers d’Irakiens ne parviennent plus à se soigner, ni même à se nourrir.

C’est durant l’occupation américaine de 2003 à 2009, en s’appuyant sur la haine suscitée par celle-ci, que Moqtada al-Sadr a réussi à organiser des centaines de milliers d’Irakiens des classes pauvres de Bagdad dans une puissante milice. Son parti est alors apparu comme celui des millions d’habitants des faubourgs populaires de Bagdad et du sud du pays, dont beaucoup étaient en révolte, déjà, contre la dégradation de leurs conditions de vie. ­Moqtada al-Sadr semble toujours disposer aujourd’hui d’un important soutien populaire. En octobre 2021, son mouvement avait gagné les élections législatives qui faisaient suite à un mouvement de révolte de la population contre la corruption, la misère, le chômage. Malgré sa participation au pouvoir au sein de plusieurs coalitions, il en a récolté les fruits politiques. Il voudrait garder ce soutien populaire le plus longtemps possible, mais la voie de l’affrontement entre milices qui tentent d’accaparer le pouvoir mène les masses dans une impasse.

Aline RETESSE