Grande-Bretagne : Liz Truss dans les pas de Thatcher et de Johnson

07 Septembre 2022

Lundi 5 septembre, les résultats du vote interne au Parti conservateur sont tombés : sans surprise, Liz Truss a battu Rishi Sunak par 57 % des voix contre 43 %.

Nouvelle cheffe du parti, elle a été intronisée nouvelle Première ministre par la reine dès le lendemain, en remplacement de Boris Johnson, poussé vers la sortie début juillet par le scandale du Partygate et une vague de démissions chez ses ministres.

Dans une campagne très à droite où les rivaux, tous deux pro-Brexit, n’étaient guère différents, Truss a sans doute bénéficié de sa loyauté à l’égard de Johnson. Elle est en effet restée jusqu’au bout la ministre de ce politicien vomi par la population mais encore adulé chez les Tories ; tandis que Sunak, bien que chouchou des députés du parti, est passé pour le traître en démissionnant de son poste de ministre de l’Économie début juillet. Les 172 000 votants ont donc tranché en faveur de cette candidate dont le programme se limitait à moins d’impôts pour les riches et plus de fermeté envers syndicalistes et grévistes, un discours séduisant pour cet électorat aussi cossu que réactionnaire.

Contrairement à ses prédécesseurs Cameron et Johnson, Truss n’est pas issue de la haute bourgeoisie, ce en quoi elle ressemble à son idole Margaret Thatcher. Mais son parcours politique témoigne d’un dévouement au grand patronat tout aussi affirmé que celui de la Dame de fer. D’abord économiste chez Shell, élue députée pour la première fois en 2010, elle a été à partir de 2012 de tous les gouvernements conservateurs qui, sans relâche jusqu’à nos jours, ont imposé aux travailleurs austérité et précarité tout en aidant les capitalistes à accumuler des fortunes.

Truss, qui avait fait campagne contre le Brexit en 2016, s’est ravisée depuis pour les besoins de sa carrière. Plus récemment, pour battre Sunak, elle a aligné des déclarations contradictoires. Malgré ce côté girouette, sa constance dans la rhétorique nationaliste et ultra-libérale a été récompensée. La voici donc aux commandes de l’État pour faire payer à la classe ouvrière le prix de la crise. Or la flambée des prix en Grande-Bretagne entraîne depuis le début de l’été une vague de grèves, sans précédent depuis les années 1980.

Dans ces conditions, il n’est pas sûr qu’il suffise à Truss, pour éteindre la colère, de copier-coller Thatcher ou même de reprendre à son compte les aumônes envers les plus démunis évoquées par Sunak pendant leur compétition.

Thierry Hervé