Gaz : la crise et ses profiteurs

07 Septembre 2022

Pas un jour ne passe sans que soit annoncée une nouvelle menace sur l’approvisionnement en gaz pour cet hiver. Après la cessation, fin août, des livraisons à Engie par Gazprom « pour désaccord sur l’application des contrats », le géant russe vient d’annoncer la fermeture du gazoduc Nordstream 1.

Chacune de ces annonces fait grimper le prix du gaz sur le marché à court terme, puis celui de l’électricité qui lui est lié. Ainsi le prix du gaz a été multiplié par dix depuis un an. Tout cela alimente les inquiétudes sur un risque de pénurie, en même temps que l’agitation des dirigeants de l’Union européenne. Que Poutine utilise le gaz comme une arme économique en riposte aux sanctions occidentales et au soutien militaire massif à l’Ukraine n’est pourtant pas une surprise. Mais le fait que la production et la distribution de l’énergie soient entre les mains de sociétés privées concurrentes, toutes mues par le profit, empêche les gouvernements d’anticiper et de gérer les stocks rationnellement.

Comme toutes les crises, celle du gaz est une occasion de rebattre les cartes entre capitalistes. Quel est l’état réel des stocks de gaz chez Engie ou TotalEnergie ? Quels fournisseurs remplacent Gazprom ? Quel gazoduc reste en service ? Quels sont les prix consentis par les divers producteurs, norvégiens, algériens ou qataris qui livrent en France ? Quels industriels gros consommateurs de gaz, comme les chimistes, ont sécurisé leur approvisionnement et à quelles conditions ? Lesquels se retrouvent démunis et doivent arrêter leurs installations ? Tout cela fait partie du secret commercial dans lequel se drapent les capitalistes. Ainsi, des semaines voire des mois après le début de l’offensive russe en Ukraine, Engie a continué de recevoir massivement du gaz russe qui avait été négocié à bas prix alors même que le prix du gaz s’envolait sur les marchés.

Quand ils prétendent agir pour sécuriser les approvisionnements de la France et éviter des coupures cet hiver, les ministres s’inclinent devant ce secret des affaires, les petits et gros calculs des industriels. S’ils sécurisent quelque chose, ce sont les profits de ces capitalistes, pas l’accès au gaz ou au courant électrique de toute la population. On peut en dire autant de la prétendue solidarité européenne. Ainsi, Macron vient de mettre en scène un accord avec le chancelier allemand Scholz pour fournir, en cas de besoin, du gaz à l’Allemagne en échange d’électricité. À les entendre, cet accord serait le fruit de la pure amitié franco-allemande. Macron et Scholz sont allés jusqu’à évoquer une contribution européenne sur les super-profits. Quel radicalisme ! Mais derrière ce langage de Bisounours se déroule un bras de fer pour renégocier le mécanisme de calcul du prix de l’électricité sur le marché européen, dans un contexte où les centrales nucléaires françaises tournent au ralenti tandis que l’industrie allemande est privée du gaz russe.

Quel que soit le résultat de cette guerre économique, la facture sera présentée aux classes populaires, sous forme de restrictions, de coupures et de factures de plus en plus faramineuses pendant que les profits continueront à battre des records historiques. Si du moins les classes populaires se laissent faire.

Xavier LACHAU