Deliveroo : exploitation des travailleurs et vol de l’Urssaf

07 Septembre 2022

La société Deliveroo, dont les coursiers livrent à vélo des repas à domicile, a été condamnée le 1er septembre à verser 9,6 millions d’euros d’arriérés de cotisations à l’Urssaf. C’est la conséquence financière d’un jugement, rendu en avril 2022, la condamnant pour travail dissimulé.

Deliveroo oblige ses livreurs à se déclarer auto-entrepreneurs. Ils n’ont à ce titre pas droit aux congés payés, ni à une couverture santé ou aux allocations chômage. Lors du procès, les livreurs avaient réussi à prouver qu’ils avaient les mêmes contraintes qu’un salarié sans en avoir les quelques protections. Ils avaient démontré que loin de jouir de la moindre liberté, ils ne pouvaient choisir leurs courses et étaient entièrement soumis à leur employeur, qui les obligeait à multiplier les trajets en prenant tous les risques pour tenir les délais.

Devant l’abondance des preuves apportées, Deliveroo avait en vain essayé de se dédouaner en affirmant que ses méthodes avaient changé depuis la période de 2015 à 2017 concernée par la plainte. Cela n’avait pas convaincu le tribunal qui avait obligé la société à verser des dommages et intérêts aux livreurs et avait condamné deux de ses dirigeants à un an de prison avec sursis et 30 000 euros d’amende.

De fait, si quelque chose a changé chez Deliveroo, c’est en pire. À l’occasion de l’entrée en Bourse de la société en mars 2021, les livreurs avaient organisé des rassemblements dans toute l’Europe pour dénoncer leurs conditions de travail. À Toulouse, ils criaient : « On travaille toujours plus vite, plus loin, mais pour gagner moins. » L’un d’eux témoignait : « Quand j’ai commencé en 2017, je gagnais entre 1 200 et 1 400 euros pour 45 heures de travail par semaine. Maintenant, pour conserver cette même rémunération, je dois pédaler plus de 60 heures. »

Malgré leur dispersion et le caractère individuel de leur travail, les livreurs de Deliveroo comme ceux d’autres plateformes ont su s’organiser. Certains ont obtenu la requalification de leur contrat en CDI ou fait condamner la société. Ils résistent à la division que Deliveroo tente de susciter entre eux et n’entendent pas être taillables et corvéables à merci. Leur combat continue.

Daniel MESCLA