Pour augmenter les salaires, il faut prendre sur les profits !

17 Août 2022

Lundi 15 août, l’éditorial du journal économique Les Échos s’alarmait des hausses de salaire, 3,5 % en moyenne sur un an pour les ouvriers et des employés du privé. Et d’affirmer : « Les salaires accélèrent en France. »

Ainsi, pendant que bien des travailleurs se demandent comment boucler les fins de mois, les milieux patronaux et ceux qui s’en font les interprètes réfléchissent à la façon d’éviter des augmentations de salaire, pour préserver leurs profits faramineux.

Bien entendu, les journalistes comme les patrons savent que les augmentations moyennes sont loin de compenser la hausse des prix, officiellement de plus de 6 % pour l’année. Ils savent aussi pertinemment que ce ne sont pas les salaires qui poussent les prix à la hausse, mais leur propre volonté de reporter sur leurs clients les hausses de coûts, pour ne pas toucher à leurs profits. Quand ils ne profitent pas directement de la situation par diverses spéculations. Alors, de quoi s’alarment-ils ?

Tout ce beau monde sait que la lutte des classes peut devenir plus virulente à tout moment. Voilà leur problème ! Ils savent que la situation insoutenable pour bien des familles populaires peut pousser à lutter pour des augmentations de salaire. D’ailleurs, dans ces 3,5 % de cette année qu’annoncent Les Échos, une partie a été arrachée par des grèves dans certaines entreprises. Et ils savent que, si ces luttes venaient à se généraliser, cela pourrait affecter les profits.

Alors, les capitalistes font pression pour que le gouvernement continue à les aider à tirer les salaires réels vers le bas. Et ils n’hésitent pas à critiquer la hausse du smic. Pour ces gens-là, que les deux millions de travailleurs payés au salaire minimum touchent soixante euros en plus depuis janvier 2022, pour arriver péniblement à 1 329 euros, serait donc une calamité économique !

Les capitalistes ne se contentent pas de subir la situation, ils s’y préparent. Un cabinet de conseils en ressources humaines pour les patrons, le cabinet Mercer, a montré que ceux-ci avaient prévu de céder 2,8 % d’augmentation de salaire pour cette année, bien moins que l’inflation donc. Ce qui, au passage, en dit long sur la revendication ridicule de 3 % qu’avancent certains syndicats. Pour éviter au maximum les augmentations générales et substantielles des salaires, bien des entreprises mettent en avant des mesures de diversion : des primes, la mise en place d’un treizième mois, des augmentations individuelles, la majoration des tickets restaurant…

Les capitalistes ont une politique pour faire payer aux travailleurs l’inflation et la crise. Pour se défendre, la classe ouvrière devra avoir aussi sa propre politique : pour des augmentations générales et uniformes de salaire, pour leur indexation sur le coût de la vie et pour le contrôle des comptes des entreprises.

Marion AJAR