Mexique : des mineurs piégés par le profit

17 Août 2022

Depuis le 3 août, dix mineurs sont enfermés par une inondation à 60 mètres sous terre dans une mine de charbon exploitée de façon quasi artisanale, au Mexique, dans l’État de Coahuila.

L’État mexicain a largement médiatisé l’envoi de soldats et d’un drone sous-marin pour organiser les secours.

Les autorités expliquent l’accident par le percemement de la paroi d’une mine voisine abandonnée et inondée. Mais les raisons de cet accident ne sont pas du fait des mineurs : dans l’État de Coahuila, principal lieu d’extraction du charbon dans le pays, les morts s’additionnent année après année. La plus grande catastrophe minière, en 2006, avait fait 65 morts à la suite d’un coup de grisou, dans une mine du conglomérat Grupo Mexico, géant de l’extraction au Mexique.

C’est surtout la CFE, la compagnie publique d’électricité, qui commande du charbon pour la production d’électricité nationale. Toute la région de Coahuila en produit et les exploitations vont de la grande entreprise aux toutes petites mines, appelées pocitos. Dites artisanales, ces mines, comme celle où sont ensevelis les mineurs aujourd’hui, sont la propriété de petits patrons qui y exploitent quelques dizaines d’ouvriers.

Après la catastrophe de 2006, une commission d’enquête menée sous la pression des familles de mineurs et des travailleurs des mines avait noté, en 2011, la dureté des conditions de travail et leur dangerosité du point de vue de la sécurité, ainsi que l’exploitation aveugle d’un sous-sol parcellisé entre les pocitos, sans que l’on ait une vision globale des sites d’extraction.

L’État mexicain a procédé à des enquêtes et peut envoyer des secours, en jouant la comédie de la solidarité, mais rien n’a changé. Aujourd’hui, la sœur d’un mineur enseveli accuse les propriétaires des puits d’être criminels et coupables. Le groupe Grupo Mexico, responsable de la catastrophe de 2006, se vantait en 2020 d’obtenir les coûts les plus bas d’extraction minière. La recherche effrénée du profit, moteur et loi de l’économie capitaliste, continue de tuer.

Cécile Seyrig