Camaïeu : magouille de haut vol

17 Août 2022

Le 1er août, l’enseigne de prêt-à-porter Camaïeu a été placée en redressement judiciaire, à la demande de son propriétaire qui prétend avoir besoin d’un délai pour rétablir la situation. Mais les 2 571 salariés des 538 magasins sont très inquiets.

Il y a à peine deux ans en effet que l’homme d’affaires Michel Ohayon a racheté l’affaire, en supprimant plus de 450 emplois. Aujourd’hui, l’entreprise ne verserait plus les loyers de près de la moitié de ses magasins et ses impayés se monteraient à plusieurs dizaines de millions d’euros. Les saisies sont inefficaces car les comptes bancaires sont vides. Pour expliquer la situation, la direction invoque les mesures de couvre-feu en raison du Covid, une cyberattaque paralysante, la désorganisation du transport mondial et la baisse des ventes due à la crise.

Mais Ohayon n’a rien d’un petit commerçant saisi à la gorge par les créanciers. Un avocat d’affaires, cité par Le Monde, prétend même que cette tactique d’impayés semble être « un mode de gestion systématique » pour renégocier le montant des loyers.

En réalité, ce milliar- daire est à la tête d’un groupe qui compte plus de 1 000 magasins, dont Gap, la Grande Récré, Go Sport et 22 Galeries Lafayette en province. Il possède également des actifs dans le vin, quelques palaces, dont le Trianon Palace de Versailles, le Sheraton de Roissy, le Waldorf Astoria de Jérusalem. Il a donc largement de quoi payer les salariés qui font sa fortune.

Ayant débuté comme vendeur de vêtements à Bordeaux, cet homme qui, selon son avocat, « s’angoissait tous les mois à l’idée de payer ses loyers », est maintenant en bonne place dans le classement Challenges des 500 plus grandes fortunes de France, en ayant beaucoup pratiqué, entre autres, les acquisitions pour un ou deux euros symboliques.

Chez lui, gérer ses entreprises consiste à jouer avec la vie des travailleurs.

Sylvie MARÉCHAL