Russie-Ukraine : une guerre contre les peuples

03 Août 2022

Même si l’État russe et l’État ukrainien ont trouvé un intérêt commun à la reprise des exportations de céréales en mer Noire, pour l’heure en tout cas, la guerre continue.

En guise de confirmation de la précarité de cet accord, quelques heures à peine après sa signature par les représentants de Moscou et de Kiev, l’armée russe avait tiré des missiles sur le port même d’Odessa, où doivent être chargés les navires céréaliers.

Depuis bientôt maintenant six mois, jour après jour, se suivent les bulletins militaires sur les avancées des uns, les reculs des autres. Des communiqués et déclarations du président Zelensky ou de la partie adverse égrènent la litanie des destructions d’immeubles d’habitation, d’écoles, des accusations de tortures, de massacres… Comme si la guerre pouvait avoir un autre visage !

Les autorités ukrainiennes viennent de chiffrer à une centaine de milliards de dollars ce que coûterait la remise en état du pays que les combats ont ravagé dans l’Est et le Sud, sans épargner le Centre et l’Ouest. Le chiffre, invérifiable, est destiné à impressionner, en tout cas à rappeler aux alliés occidentaux de Kiev, États-Unis en tête, qui affrontent la Russie avec la peau des Ukrainiens, qu’ils doivent continuer à financer le régime de Zelensky. Il s’agit de lui envoyer toujours plus d’armes, mais également d’assurer ses fins et désormais ses débuts de mois. En effet, les organismes financiers internationaux prévoient une chute de 40 % du produit intérieur brut ukrainien cette année, ce qu’une agence de notation financière des plus en vue, S&P, traduit en déclarant qu’un défaut de paiement de l’État ukrainien est « virtuellement inévitable ».

L'Etat de plus en plus insolvable

Certes, on annonce régulièrement depuis plus d’une quinzaine d’années que l’État ukrainien est devenu insolvable. Les prêts que n’ont cessé de lui accorder des organismes tel le FMI pour éviter sa faillite avaient tous pour condition que Kiev se tourne toujours plus vers l’Occident impérialiste.

C’est cette ligne de rupture avec Moscou qu’incarne Zelensky après bien d’autres dirigeants ukrainiens. En temps de paix, il l’a fait payer à la population par une politique d’armement à marche forcée, par la privatisation de la terre, par des attaques contre le niveau de vie déjà bas des travailleurs. En temps de guerre, il continue sur cette lancée avec les moyens renforcés que lui donne la loi martiale.

Les pouvoirs de la SBU, les services secrets, dignes héritiers du KGB en Ukraine comme l’est le FSB en Russie, ont été étendus pour mener la « répression des désordres intérieurs ». Les arrestations de personnes accusées d’être pro-russes se multiplient, tout comme les interdictions d’organisations politiques visées par ce crime d’État.

Quant au monde du travail, depuis la mi-mars, il subit la remise en cause des minces protections qui subsistaient dans la loi. On a rendu obligatoires les heures supplémentaires, gelé les salaires, réduit le repos hebdomadaire, autorisé les entreprises de moins de 250 salariés à imposer à chacun un contrat de travail différent des autres, sur fond de suspension des conventions collectives. S’y ajoute la menace qui pèse sur tout homme de 18 à 60 ans d’être expédié au front, surtout s’il a maille à partir avec la police ou son patron. Récemment, une vidéo a montré comment le pouvoir sait se montrer sans pitié avec les pauvres, même les personnes déplacées du fait des combats, auxquelles il fait couper le gaz lorsqu’elles ne peuvent pas payer ; ce qui n’empêche pas Zelensky et ses ministres de vanter la solidarité due à chacun dès lors qu’il est citoyen d’Ukraine.

Les parasites des deux régimes

Sur ce terrain-là, bien qu’ils ne manquent pas une occasion de les dénoncer, Zelensky et son régime présentent un même visage ouvertement antiouvrier et répressif que Poutine et le régime du Kremlin. Les uns et les autres s’opposent mais sont au service direct de nantis locaux fort semblables, car issus d’une même matrice, la bureaucratie stalinienne. La principale différence entre les deux régimes, leur bureaucratie et leurs oligarques, c’est qu’en Russie les parasites au pouvoir disposent d’un État relativement fort pour s’imposer, y compris sur la scène internationale, alors qu’en Ukraine ils se trouvent dans une situation de dépendance de plus en plus forte vis-à-vis des pays impérialistes occidentaux.

Alors, qu’y a-t-il derrière les accusations de trahison en faveur de Moscou que Zelensky a formulées cet été contre des dignitaires de l’institution militaire et du renseignement ukrainiens ? Certaines sont peut-être fondées ; après tout, les appareils dirigeants russe et ukrainien sortent du même moule, ont un passé récent commun. Il se pourrait aussi que ces accusations visent à « expliquer » à la population pourquoi, malgré tous ses sacrifices, malgré l’armement occidental qui arrive à jet continu en Ukraine, et malgré les difficultés à renouveler ses effectifs que connaît l’armée russe, celle-ci semble progresser quand même. Une autre explication serait que, au sein de l’appareil d’État ukrainien, même au plus haut niveau, certains commencent à penser qu’il faudrait trouver un terrain de négociation avec Moscou avant que le pays soit totalement ravagé et à genoux. Or ce n’est pas ce que veulent Zelensky et ceux qui le suivent, qui ont lié leur sort, et derrière eux celui de la population ukrainienne, à ce que voudra et décidera l’impérialisme américain.

Pour l’heure, les représentants de ce dernier le disent et le redisent, il faut s’attendre à une guerre qui va durer. Et ce sont les populations ukrainienne mais aussi russe qui en paient le prix fort à tous les niveaux.

Pierre LAFFITTE