Frontex : le gendarme d’une sale politique

03 Août 2022

L’affaire des « push-backs », ces refoulements illégaux de migrants par les garde-côtes grecs en Méditerranée continue de faire scandale.

Parmi les responsables, on retrouve l’agence Frontex, dont le directeur, Fabrice Leggeri, a donné sa démission le 28 avril.

Cette agence européenne a été créée pour surveiller l’arrivée des migrants dans l’espace Schengen, théoriquement, bien sûr, dans le respect des droits de l’homme. Comme par hasard, elle a nié toute participation à ces pratiques criminelles. Or sa direction était au courant, informée par ses agents à qui elle imposait le silence. Il fallait, paraît-il, protéger le gouvernement grec qui qualifiait les annonces de refoulements de migrants par ses garde-côtes de « propagande turque ». Les informations ayant tout de même filtré à travers les témoignages d’ONG et d’enquêtes de journalistes, Leggeri ainsi que son principal collaborateur ont dû démissionner.

Quelques autres têtes tomberont peut-être. Mais rien n’arrêtera la volonté des gouvernements européens de faire obstacle par tous les moyens aux arrivées de migrants. Leur but est bien de faire faire le sale travail par les gouvernements des pays situés en première ligne. La Turquie a été priée d’empêcher les départs vers l’espace Schengen, la Libye de se transformer en un vaste camp de concentration et les côtes turques comme les îles grecques en prison de haute sécurité.

Les accords financiers ne suffisant pas, Frontex est venu en renfort, en super- gendarme chargé seule- ment, en principe, d’exercer une surveillance. Mais tous les moyens sont bons. Et si le budget de Frontex est passé de moins de cent millions d’euros par an en 2014 à plus de cinq cents en 2021, avec des milliers de surveillants et des équipements sophistiqués, c’est bien pour faire un travail de garde-chiourme, quelles qu’en soient les conséquences.

Sylvie MARÉCHAL